Précédemment dans Une histoire, un manga.

Les 4 filles du docteur March : quand l’histoire rencontre l’Histoire

XIXe siècle, Etats-Unis d’Amérique. Le pays se déchire sur la question de l’esclavage. La guerre éclate en 1861, et durera jusqu’en 1865 : c’est la guerre de Sécession, la guerre civile.

Affrontements

A cette époque, le nord-est du pays s’industrialise, et poursuit une politique protectionniste. L’esclavage a été progressivement abandonné. Mais les Etats du Sud, favorables au libre-échange, dépendent toujours de l’esclavage pour leur prospérité économique. Depuis le début du siècle, les tensions menacent l’unité des Etats-Unis. Une guerre civile finit par éclater au Kansas, entre 1854 et 1859. Des affrontements auront cependant lieu jusqu’en 1861, début de la guerre de Sécession.

La guerre du Kansas oppose les pro et anti-esclavage. De cette guerre sanglante naîtra un parti républicain farouchement antiesclavagiste. A sa tête, un avocat encore inconnu : Abraham Lincoln. En face, les démocrates du Kansas se déchirent sur la question de l’esclavage. Les républicains en profitent pour présenter la candidature de Lincoln à la présidence des Etats-Unis. Le 6 novembre 1860, Abraham Lincoln devient le premier président républicain des Etats-Unis, avec seulement 38 % des voix.

Sécession

Impensable, pour les Etats esclavagistes du sud, qui voient cette victoire comme une déclaration de guerre. Dès le 20 décembre 1860, soit avant l’investiture de Lincoln, prévue le 13 février 1861, la Caroline du Sud fait sécession. En 1861, la Floride, le Mississippi, la Géorgie, l’Alabama, la Louisiane et le Texas suivent le mouvement. Ces premiers Etats sécessionnistes se rassemblent pour former les « Etats confédérés d’Amérique » (le 4 février 1861). La Caroline du Nord, le Tennessee, la Virginie et l’Arkansas rejoindront les Etats confédérés (entre avril et mai 1861). Ils élisent un président : Jefferson Davis, démocrate, planteur qui a participé à la guerre contre les Indiens, fervent défenseur de l’esclavage…

Le 11 mars, les Etats confédérés d’Amérique promulguent leur Constitution, dans laquelle l’esclavage est fermement maintenu. Lincoln condamne aussitôt cette Confédération (qui représente 11 Etats sur les 34 que comptent les Etats-Unis), et qualifie leur action d’insurrectionnelle. Qu’importe : les sécessionnistes se préparent à la guerre, sûrs de leur victoire.

Ces 11 Etats concentrent 9 millions d’habitants (dont 4 millions de Noirs), contre 23 millions dans les Etats du Nord. Bien qu’en infériorité numérique, ils sont bien décidés à maintenir l’esclavage.

Guerre

En 4 ans, les nordistes rassemblent environ 2 millions de soldats. Dès 1863, environ 900 000 d’entre eux seront constamment opérationnels. Au Sud, on a moins d’hommes (850 000), mais des troupes, emmenées par des chefs aguerris.

Le 12 avril 1861, les Etats du Sud déclenchent les hostilités. Mieux armés, ils sont certains que la victoire sera rapide. Mais la guerre se prolonge. Le Nord est plus industrialisé. L’industrie va justement servir leur armée. Le président Lincoln met en place une véritable économie de guerre, et mobilise les usines. De plus, le Nord dispose de flottes marines plus puissantes que celles du Sud. Les nordistes peuvent s’approvisionner où ils veulent, mais empêchent les approvisionnements des sudistes, grâce à un blocus mis en place dès l’été 1861.

Liberté

Les Noirs vivant dans les Etats du Nord et les affranchis du Sud rejoignent les nordistes après la Proclamation d’émancipation du 1er janvier 1863. Ce texte proclame que « toutes les personnes détenues comme esclaves » dans les territoires rebelles « sont et doivent dorénavant être libres ». Plus de 200 000 Noirs viendront soutenir l’armée du Nord.

31 janvier 1865 : la Constitution fédérale abolit définitivement l’esclavage dans tous les Etats-Unis d’Amérique.

9 avril 1865 : fin de la guerre de Sécession. Elle aura fait 617 000 morts.

18 décembre 1865 : ratification du texte de la Constitution fédérale. L’esclavage est aboli avec effet immédiat.

Les 4 filles du docteur March

C’est ce contexte qui constitue le cadre de Little Women (paru en 1868), livre phare de Louisa May Alcott, connu dans les pays francophones sous le nom Les 4 filles du docteur March.

Margaret (Meg), Joséphine (Jo), Elisabeth (Beth) et Amy, les héroïnes du roman, tentent de vivre malgré tout. L’histoire présente leur quotidien, avec ses rires, ses joies, ses larmes, et quelques colères qui donneront lieu à des repentances indispensables. Elles peuvent compter sur l’amour de leurs parents, d’Hannah, leur gouvernante, et de leurs gentils voisins et amis. Elles peuvent compter les unes sur les autres pour apprendre, parfois dans la douleur, mais c’est ça aussi, grandir.

L’autrice

Avant Les 4 filles du docteur March, Louisa May Alcott a écrit de nombreux autres livres, des romans noirs, publiés anonymement ou sous pseudonyme.

L’autrice naît près de Philadelphie en 1832. Elle vit avec ses 3 sœurs, sa mère et son père. Son père enseigne le transcendantalisme, courant de pensée prônant notamment la fraternité et l’union avec la nature. Sa mère, fervente défenseuse de l’abolition de l’esclavage et des droits des femmes, s’occupe du foyer. Mais les méthodes du père sont controversées. Il peine à vivre de son métier. Il devient parfois violent. Les difficultés financières ajoutent à sa colère. Les parents de Louisa May se disputent souvent. Leurs 4 filles sont contraintes de travailler malgré leur jeunesse.

Pendant la guerre de Sécession, Louisa May exerce plusieurs professions : aide domestique, gouvernante, infirmière… Elle finit par trouver sa voie : lutter contre l’esclavage et pour les droits des femmes, comme sa mère. Ce sont ces combats qui marqueront son œuvre littéraire.

En 1868, Louisa May prend la direction d’un journal destiné aux enfants. Pourquoi ne pas écrire précisément pour ce lectorat, et, plus particulièrement, pour les jeunes filles ? L’idée devient réalité, et donne naissance à Little Women, (très mal) nommé en français Les 4 filles du docteur March. Le succès est si fulgurant qu’une suite paraît dès l’année suivante, en 1869 : Good Wives (Le docteur March marie ses filles). Deux autres livres, davantage centrés sur le personnage de Jo March : Little Men (Le rêve de Jo March) sorti en 1871, et Jo’s Boys (La grande famille de Jo March) sorti en 1886.

Une histoire de titre

Le titre francophone, bien éloigné du message porté par Louisa May Alcott, est un parti pris de la première maison d’édition « traductrice » du roman, qui a plutôt réalisé une adaptation. Ce traducteur a en effet supprimé tous les passages parlant de Dieu, de la Bible. Ainsi, il transforme le père en « docteur », alors qu’en réalité, il est pasteur, engagé comme aumônier auprès des soldats du nord. D’autres libertés sont prises avec le roman d’origine : transformation de passages, réécriture selon le goût de la maison d’édition de l’époque. Or, priver le livre de ces notions, c’est supprimer la source expliquant l’altruisme et la sororité des jeunes filles.

Heureusement, de récentes éditions proposent une traduction fidèle à l’œuvre d’origine.

Les 4 filles du docteur March chez Tibert

La chatoyante version proposée par Tibert Editions reprend la traduction de Janique Jouin-de-Laurens, pour les éditions Gallmeister. Cette édition reprend les deux parties de l’histoire : Les 4 filles du docteur March et Le docteur March marie ses filles.

La maison Tibert propose de revisiter les grands classiques de la littérature à travers une fabrication d’exception : texte intégral, illustrations réalisées par des artistes talentueux et passionnés, mettant en valeur le texte. Le tout crée une ambiance unique, qui donne encore plus envie de lire.

Déclinaisons

Le best-seller de Louisa May Alcott a été traduit dans de nombreuses langues, plusieurs fois adapté au cinéma. Un manga en 3 tomes de NAKAGAWA Keiko est sorti en 1987 (disponible en France chez Black Box Editions et sur Manga IO). Un nouveau manga sort en 2011, dessiné par Nev (disponible en en France chez nobi nobi!). Un anime (studio Nippon Animation) sort en 1987. L’anime (48 épisodes) est diffusé en France dès 1989 sur la 5. Il sera rediffusé à plusieurs reprises, notamment sur France 5 et sur Mangas.

Comme Louisa May, les quatre sœurs du roman ont dû vite apprendre à se débrouiller, car la famille, autrefois aisée est tombée dans la pauvreté. Mais cela ne les empêche pas de semer la joie et d’aider les personnes encore plus pauvre qu’eux. Chacune agit avec ses forces, avec son caractère. Meg est pragmatique, mais aime le luxe. L’intrépide Jo rêve de réécrire le monde. Beth incarne l’altruisme et la douceur. A l’opposé, Amy récite sa devise : elle d’abord, les autres ensuite. Leur mère est un puits de sagesse, de force et de bienveillance. La gouvernante Hannah et Robert, le père, sont tout aussi attentionnés.

Les 4 filles du docteur March et nous

Si l’histoire se passe au XIXe siècle, elle reste résolument moderne et actuelle. Le roman Les 4 filles du docteur March n’est pas à réserver aux adolescentes, mais s’adresse à tout le monde : garçons, adultes femmes et hommes. Car ces jeunes filles nous parlent de famille, d’amitié, de solidarité, de rêve, d’ambition, de la cruauté des hommes, de la pauvreté, du travail, des difficultés de trouver sa voie, de la compassion indispensable envers son prochain, de la lutte contre le racisme, de discriminations, des droits des femmes, de Dieu

Et comment ne pas applaudir ces jeunes femmes qui prennent leur destin en main ? D’ailleurs, les choix de Jo March sont particulièrement révolutionnaires, pour l’époque. Les autres sœurs sont tout aussi enflammées, chacune à leur manière. On se plait à les voir évoluer. Elles pourraient être « nous ». C’est cette simplicité et cette proximité qui rend l’œuvre intemporelle.

Les 4 filles du docteur March, c’est le livre de ces jeunes filles qui deviennent femmes, qui pensent par elles-mêmes et choisissent de saisir la vie, de vivre leurs ambitions. Un message, bien entendu, toujours d’actualité.

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