La vie rêvée de M. Kim, c’est la vie rêvée de tout être humain qui veut vivre, et vivre bien, tout simplement. Voyez plutôt :
Mr. Kim ou le modèle de la réussite
KIM Nak Soo incarne la réussite sociale. S’il vit en Corée du Sud, il pourrait également vivre dans bien d’autres pays du monde, tant ce modèle de réussite est répandu. Car Mr. Kim a, sur le papier, réussi sa vie :
- Il travaille dans une grande entreprise depuis 25 ans !
- Il est chef d’équipe, mais bientôt directeur. Ce n’est qu’une question de temps.
- Il a épousé la femme qui l’aimait et qui l’aime aussi, bien entendu.
- Il a concocté un garçon, son seul enfant, sa fierté.
- Il a acheté un appartement chic dans un quartier chic de Séoul.
- Il incarne le chic, des cheveux aux chaussures, avec le sac hors de prix.
Qu’en pensent l’épouse et le fils de Kim Nak Soo ? PARK Ha Jin, l’épouse, et KIM Su Gyeom, le fils. Ils n’en pensent que du bien, Mr. Kim en est persuadé. L’épouse a l’honneur d’être son épouse et de s’occuper du logis. Le fils a le privilège d’être son fils et de fréquenter une université d’élite. C’est sûr. Ils vivent leur vie rêvée.
Le caillou dans la chaussure de Mr. Kim
Hélas, un beau jour, Mr. Kim cogne son luxueux soulier contre un caillou. A moins que le caillou ne soit rentré clandestinement dans sa chaussure. C’est quelque chose, un caillou. Tout petit, mais capable de grands grabuges. C’est facile de lancer la pierre sur la pierre. C’est la faute du caillou. La belle affaire.
Kim Nak Soo a glissé. Y’a des jours comme ça. Tu ne marches pas droit. Le chef d’équipe a glissé, il ne sait même plus comment. Une erreur au bureau… Ça arrive. Ce n’est pas la fin du monde. Mais ça recommence et ça agace la hiérarchie. On s’en prend à l’honorable Mr. Kim. On insulte ses 25 ans de boîte, ses 25 ans de loyauté dans la boîte. Le cœur de Mr. Kim palpite. Il s’embrouille dans son vocabulaire. Encore une nouvelle boulette. Un caillou plus gros. Une pierre qui cabosse la tête. Un rocher qui écrase son orgueil.
Et c’est la chute. La déchéance de l’homme.
La vie rêvée de Mr. KIM, la fiche technique
- Réalisateur : JO Hyun Tak
- Scénaristes : KIM Hong Ki, YOON Hye Sung
- Diffusion : octobre 2025, simultanément en Corée du Sud (jTBC) et sur Netflix (International)
- Nombre d’épisodes : 12
Casting principal
- KIM Nak soo : RYOO Seung Ryong (Kingdom, Life is beautiful, Masquerade…)
- PARK Ha Jin : MYUNG Se Bin (Docteur Cha, Avengers social club, Bossam : destin volé…)
- KIM Su Gyeom : CHA Kang Yoon (La Fée et le Bouvier, The Art of Negotiation…)
- BEAK Jeong Tae (ami et supérieur hiérarchique de KIM Nak soo) : YOO Seung Mok (Decision to leave, The Great Show…)
L’angoisse du « bon » statut social
Inspiré d’un webtoon, le kdrama La vie rêvée de Mr. KIM critique, avec ironie, nos sociétés bouffées par le paraître et l’orgueil. Le titre du kdrama est bien sûr ironique. Au début, oui, on dirait que tout réussit à Nak Soo. Et on peut naturellement penser que les choses commencent à tourner quand le navire du travail se met à tanguer. Mais en fait, ça n’allait peut-être pas si bien depuis longtemps… Mr. Kim se vante de son succès et de sa famille parfaite. Sa femme et son fils partagent-ils vraiment son avis ? Son fils est-il fier de fréquenter une fac d’élite ? Son épouse est-elle heureuse, enfermée dans son appart chic et ses casseroles de luxe ?
On dit souvent que le travail est vecteur de statut social. C’est positivement vrai quand tout va bien pour vous. C’est plus difficile lorsque votre statut ne correspond pas à vos aspirations. Mais dans tous les cas, ce statut social conféré par le seul travail pose des problèmes. Car attribuer « une valeur » à un individu sur le seul critère du travail n’a pas de sens. Surtout lorsqu’on attribue une « bonne note » à celle/celui qui exerce de hautes fonctions, et une « mauvaise note » à celle/celui qui travaille dans un secteur peu qualifié ou non qualifié…
Le choc des générations
Beaucoup, dans le monde, ont été élevés comme Nak Soo. On a dit aux baby-boomers qu’ils étaient la relève du pays et du monde qui avance. On a inventé moult machines pour faciliter votre quotidien. Ici, la voiture, là le robot ménager, aaaah, le robot ménager !
La société vous a dit de travailler. Et vous l’avez fait. Vous vous êtes accroché à votre travail avec acharnement. C’était la vie de l’époque. Et voilà que 25 ans plus tard, on vous parle d’équilibre vie professionnelle/vie privée, de relations toxiques, de harcèlement au travail, de santé mentale, d’angoisse et de surmenage ? On invente de nouveaux métiers que vous ne comprenez pas. Youtubeur, streamer…
Le drama nous présente les conflits entre des époques et des générations qui devraient se regarder, se tenir par la main, se mélanger, s’entraider, mais qui se tournent le dos. Les vieux sont forcément ringards, bons pour le placard. Les jeunes ne comprennent rien, mais croient tenir l’avenir dans leurs mains. Chacun nourrit ses idées reçues sur l’autre sans chercher à comprendre. Dégagez les vieux gêneurs. Virez les jeunes trop ambitieux… le drama nous montre bien jusqu’où certains sont prêts à aller pour grimper les échelons dans l’entreprise… et donc, avoir un meilleur statut social… Mais pourquoi ?
Portrait de famille…
L’autre grand point abordé dans le drama est bien sûr la famille. Celle de Nak Soo présente vite des couacs. Car Mr Kim regarde sa femme de haut. Il refuse qu’elle reprenne le travail, se moque de ses initiatives pour se relancer professionnellement. Il n’estime son fils que si ce dernier suit ses pas… Le sentiment de supériorité de Mr. Kim l’empêche de voir le gouffre qui s’est progressivement installé entre sa femme, son fils et lui. La famille pour laquelle il dit avoir tant trimé s’est disloquée.
Le drama nous présente une épouse, Park Ha Jin, qui fait front. C’est un message fort et encourageant pour toutes les femmes qui veulent se réinsérer sur le marché du travail. Un message fort pour dire que la femme est le pilier de la famille, autant que l’homme. Il ne devrait d’ailleurs même pas y avoir de comparaison, mais malheureusement, il y en a. Et le drama, à travers l’attitude du mari, dénonce le modèle familial avec l’homme « tout puissant » qui impose ses choix à sa famille. On le verra à plusieurs reprises, avec des conséquences parfois dramatiques. Nak Soo fait des choix graves sans le dire à sa femme.
Malheureusement, on ne présente pas assez l’évolution de la mère. On voit celle du père et du fils, qui chutent, mais rebondissent. On voit peu celle de la mère. Par exemple, on ne sait pas vraiment combien elle gagne. Et même quand elle rapporte quelque chose, on dirait que ça ne change rien aux galères familiales. Tout repose sur Kim Nak Soo.
Une question d’orgueil
Et si tout ceci n’était qu’une question d’orgueil ? C’est une autre question du drama. Ce monsieur, Kim Nak Soo, incarnation de l’employé modèle, du mari et du père 5 étoiles, ne serait-il pas plutôt l’incarnation de l’orgueil ? Lui dira qu’il n’est que le produit de son temps, d’une époque où le travail démontrait la réussite de l’homme. C’est hélas encore vrai aujourd’hui, sous certains aspects, dans certains milieux.
Le drama critique nos modèles sociaux finalement bien superficiels. Nak Soo serait véritablement insupportable s’il n’avait pas ce petit humour qu’il a malgré lui. Cette touche de légèreté permet au drama de surnager dans des eaux douces-amères et de dénoncer habilement ces choses qui font dérailler nos quotidiens.
Le vrai visage de Mr. Kim
L’orgueil de Mr. Kim le fragilise terriblement. On voit à quel point l’apparence est importante pour cet homme qui a tout bâti pour briller dans les yeux de l’autre. Mais plus il contrôle à l’extérieur, moins il contrôle à l’intérieur. Lui qui a tout bâti avec l’orgueil et l’apparence se retrouve perdu à l’intérieur de lui-même. Perdu dans un monde toujours bâti sur l’apparence, mais qui a changé les règles en cours de route. On ne veut plus des vieux, on ne veut plus de Kim Nak Soo, on a trahi les fondateurs ! On verra l’homme véritablement au fond du trou, forcé d’admettre l’inacceptable. Il est loin d’être parfait. Peut-être n’a-t-il pas autant combattu pour sa famille, comme il le prétendait. Il n’a plus de mots pour s’exprimer. Seules les larmes viennent.
Heureusement, Kim Nak Soo rebondit. Sa femme et son fils aussi. Ce drama, c’est la chute et la reconstruction. On peut traverser des tempêtes, être secoué. On peut aussi se relever, ensemble. Belle conclusion, digne de La vie rêvée de M. Kim.
Les infos en plus
- Crédit image La vie rêvée de M. Kim © jTBC, Netflix (2025)
- Générique du podcast : Joy to the world/Jingle bells Jes SMITH (Zaplast)
- Effets sonores : Zapsplat.com


