Précédemment dans The Blue Flowers and The Ceramic Forest.

Pendant les vacances ou les non-vacances, on se fait de grands débriefings
et d’importants débats aux oignons frits :
The Blue Flowers and The Ceramic Forest – épisode 8 – l’analyse sucrée salée
avec beaucoup de peine pour les épices.
C’est parti pour les révélations et autres spoilers à gogogo.


Peine de pénible

Je me demande encore ce qu’il s’est passé. Je veux bien qu’on invente des scénarios parfois tirés par les cheveux, des cabrioles abracadabrantesques, mais il ne faut pas non plus prendre le public pour un jambonneau, un tacaud, un champignon braisé.


J’ai rarement lu un tome de manga avec cette peine. C’était pénible à lire, dès le début du tome. C’était pénible parce que jusqu’à présent, The Blue Flowers and The Ceramic Forest faisait un sans-faute. Encore une fois, inutile d’inventer des cascades ridicules pour faire tenir un scénario qui tient déjà. Car le risque, c’est que tout s’écroule. C’est ce qui s’est malheureusement passé pour ce tome du manga. Si vous avez vu le film raté de La Rose de Versailles, vous comprenez très bien le naufrage dont je vous parle.

Pourquoi, Aoko ?

Dès le début du tome, Aoko s’énerve un peu, car elle refuse que Tatsuki se sacrifie pour elle. Mais très vite, elle accepte la situation, et reconnaît à demi-mot sa lâcheté… Hors de question pour elle de revivre une histoire à la Kumahei. Elle comprend néanmoins qu’au fond, Tatsuki veut toujours aller en Finlande. Son ami Shinobu l’invite à discuter une nouvelle fois avec Tatsuki. Aoko discute… avec elle-même, et prend seule la regrettable décision : « séparons-nous ». Le soir, elle s’empresse d’imposer sa décision à Tatsuki.


Aoko était pourtant la dernière personne à solliciter pour donner un point de vue cohérent. Elle n’est pas en l’état, car elle prend une décision erronée en se basant sur le passé. Pire : elle plaque ce passé sur Tatsuki, et ce dernier fait les frais du comportement inqualifiable de Kumahei. Pour le pauvre homme, c’est la double peine.

Double peine

Choqué, Tatsuki ne comprend pas cette décision tordue. Mais on se dit qu’il est censé et va vite rétablir le débat. Il part un mois, pas 8 ans. Hélas, Tatsuki, emporté par la fièvre Aoko, accepte finalement la rupture. Tout à sa peine, il souffle à Aoko qu’il ne reviendra jamais à Hasami.

Ah bon.

On aurait pourtant pu avoir cette autre solution, et qui aurait permis au manga de continuer sur les bons rails.

SOLUTION :

On laisse Aoko dans sa tourmente. Tatsuki prend sur lui affirme à Aoko qu’il lui montrera une bonne fois pour toutes qu’il n’est pas Kumahei. Pendant qu’il est en Finlande, il maintient le lien (mails, appels, photo…) et revient à Hasami !

Comment gâcher son bonheur ?

A son amie Shinobu et à sa famille, Aoko ose affirmer « on a rompu », sans préciser qui est à l’origine de la rupture. Elle reprochait à Kumahei sa lâcheté. Elle aussi est lâche. Ce n’est pas le même contexte, ce n’est pas la même lâcheté. Mais c’est de la lâcheté.


Ce tome nous montre comment gâcher son bonheur. C’est, quelque part, une véritable leçon pour toutes les personnes qui ont du mal à tourner la page, qui restent enfermées dans les souvenirs douloureux. Elles se mettent à reproduire ce qu’elles ne veulent pourtant pas subir. Et elles font subir aux autres leur douleur. C’est terrible.

Avoir peur, c’est normal. Ne pas faire par peur, ce n’est pas forcément être lâche, au contraire. Dans le cas d’Aoko, on comprend sa peur, et la peine qu’elle a à faire confiance à nouveau. Cependant, dans son cas, la guérison passe nécessairement par un nouveau pas en avant avec Tatsuki. Le chemin commence justement là. Ici, la guérison est plutôt un processus qui se construit au fur et à mesure que la relation dure. Il faut donc qu’il y ait une relation. Avec ses moments de joie et ses difficultés. Mais Aoko fuit les difficultés. La preuve avec son refus de rediscuter avec son compagnon. C’est plus simple de tuer le débat en quittant son partenaire. Que peut-il dire ? Vous avez arrêté la partie.

Manque de confiance en soi

Aoko se sous-estime, elle qui pourtant a fait tant d’effort pour survivre. Elle est certaine de ne pas pouvoir rester un mois sans Tatsuki. Pourquoi supposer cela ? Pourquoi ne pas, au contraire, voir cette rupture comme un défi pour elle, comme un test qui confirmera qu’elle a progressé ? Car sa solution de rompre montre aussi que jamais elle ne pourra se faire confiance et faire confiance aux autres.

Manque de confiance en l’autre

Être sans cesse comparé à un autre est épuisant. Tous les efforts de Tatsuki pour rassurer sa partenaire sont anéantis par une phrase prise à la suite d’une mauvaise réflexion. Par cette décision unilatérale, Aoko montre qu’elle ne fait pas confiance à Tatsuki. Mais comment faire confiance lorsqu’on ne laisse pas l’autre nous montrer que oui, on peut lui faire confiance ? La confiance s’installe au fur et à mesure que le couple chemine ensemble. Chacun fait un pas vers l’autre. Les deux essaient de construire du neuf ensemble, sachant que chacun part avec des bases et des expériences différentes. C’est justement ça qui va faire qu’à la base, l’un.e ou l’autre aura plus de facilité ou de mal à faire confiance.

Quand l’autre voit un déficit de confiance chez son ou sa partenaire, il/elle essaie, par les paroles, les gestes, de recréer un climat rassurant. Et il y aura nécessairement des situations où tout ce qui a été mis place avant sera mis à l’épreuve : les paroles et gestes aimants du / de la partenaire ont-elles porté leur fruit ? Celui/celle qui a du mal à faire confiance va-t-il /elle se laisser une chance d’avancer ? Va-t-il/va-t-elle laisser au partenaire, à la partenaire, la possibilité de lui montrer que tout va bien ?

Un pas en avant

Tatsuki était blessé, comme Aoko. Il ne s’agissait pas de la même blessure, mais les conséquences étaient similaires. Mais au lieu de faire comme Aoko a fait dans ce tome, il s’est confronté progressivement à ses peurs. Il a tout d’abord confié sa peine à Aoko. Il a osé montrer ses fêlures. Il a accepté les paroles rassurantes de celle qui était alors sa collègue. Il s’est fait confiance. Il a osé croire qu’il pouvait y arriver. Voilà ce qu’aurait dû faire Aoko.

Dépasser sa peine

Je répète mon idée de scénario, en prenant pour base la décision stupide d’Aoko. Tatsuki part, mais en gardant le lien, pour lui prouver qu’il n’est pas Kumahei. Il lui ouvre encore son coeur. Car lui aussi souffre de voir celle qu’il aime être parasitée par les mauvais souvenirs.

Autre développement possible, le meilleur, dans la veine du manga. Ça commence dès le début du tome 8. Au lieu de s’énerver, Aoko perçoit tout de suite la sincérité de Tatsuki, et ce qu’il est prêt à faire par amour pour elle. Elle réalise que si elle veut vraiment changer, il faut que Tatsuki parte en Finlande. Tatsuki part donc, et on suit leur relation à distance : ils s’appellent, ils s’envoient des mails… le trentenaire revient pile un mois après, comme il était prévu, eh oui !

Voilà un développement mature, raisonné, sensé, comme on le voyait avant ce tome 8 polémique, comme on peut le voir dans l’excellent manga A sign of affection, ou encore, comme on peut le voir dans l’excellent premier tome du manga Brille ! de Jenny. On en reparlera.

Hélas, le problème de ce tome est plus grand qu’un simple couac. Saborder l’histoire dans sa dernière ligne droite (le manga compte 10 tomes), il faut le faire. Ah, le verbe est dur. A suivre dans la suite de The Blue Flowers… la suite sera certainement heureuse, mais oui.

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