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Tout savoir sur Fashion, le josei manga de HARUNA Lemon.
Le roi des arnaques a encore frappé
Les arnaques de Jean n’en finissent plus. Et dans son viseur, qui trouve-t-on ? Kai, bien sûr. Le père de famille passionné de mode se méprend totalement sur son protégé. Cette méprise est l’origine de tous ses problèmes.
N’importe qui verrait bien que Jean joue la carte du créatif trop naïf pour susciter la pitié et ficeler ses arnaques. Car comment se lancer dans le monde cruel de la mode, dans la vie active, avec de telles lacunes ? Les amis de Kai et Sakurako, sa femme, avertissent le passionné de mode. Rien n’y fait.
L’obstination du féru de mode cache un projet révolutionnaire : faire de Jean l’étendard des artistes désargentés. Si Kai s’attache autant à l’étudiant étranger, ce n’est pas parce que ce dernier détient un don particulier. Des talents, Kai en voit partout. Mais il vu trop de personnes contraintes d’abandonner leur passion faute d’argent. A travers Jean, Kai prouvera qu’on peut s’en sortir même en ne partant de rien.
Problème : Kai n’a pas choisi le bon modèle pour faire sa révolution. Jean ne part pas de rien : il a un bon pigeon. Quel jeune entrepreneur / entrepreneuse pourrait se vanter d’avoir dans sa manche un atout tel que Kai, qui lui ouvre son large carnet d’adresses, travaille pour lui gratuitement et fait tout dans l’entreprise ?
Gros bobards et autres salades
Paradoxalement, les mensonges les plus gros sont parfois les plus faciles à faire gober. Certaines personnes, comme ces terribles faux agents sportifs, arrivent à faire avaler de terribles bobards et à rouler quiconque croise leur chemin. De son côté, Jean ne fait rien. Sa meilleure attaque est sa prétendue naïveté. Le pire, c’est que même Sakurako, au début suspicieuse, commence à revoir son avis.
Voir ces adultes s’enfoncer dans le triangle des Bermudes de Jean est une vraie leçon de vie. Car Jean leur fait avaler plus que des couleuvres :
- Il veut faire un défilé mais n’a ni modèle, ni argent, ni rien.
- Il veut vendre ses vêtements (suite à son succès) mais n’a aucun local et n’en cherche pas.
- Il n’a pas de lookbook (manuel répertoriant ses créations permettant aux acheteurs… d’acheter).
- Il se moque de ses études.
Hold-up sur les crédits
Cette mention des études fait prendre conscience que toute la supposée méconnaissance de Jean aurait dû être maîtrisée. Jean n’étudie-t-il pas dans la mode ? N’importe quel étudiant étranger sait que le maintien de son statut dépend de sa réussite aux examens. Bon avocat, Kai ose mettre cette non-validation des crédits sur le compte de la créativité : Jean a orchestré un incroyable défilé (il se trompe : c’est lui, Kai, qui a tout fait). L’escroc ira jusqu’à pointer du doigt le racisme des services de l’immigration, de l’école… on le menacerait, car il est étranger. La belle affaire. Autant il existe de réels cas de racisme à dénoncer, autant l’affaire de Jean révèle une montagne d’arnaques.
La leçon que l’on tire à chaque tome de Fashion se résume à un mot : vigilance ! La confiance n’exclut pas le contrôle. Une enquête approfondie et une aide mesurée auraient permis à Kai de se tenir à bonne distance de Jean. Car on peut aider quelqu’un, mais on ne devrait pas tout faire à sa place. Faire cela, ce n’est plus de l’aide.
Arnaques : comment aider sans se faire piéger ?
Observez d’abord la personne qui vous demande de l’aide. Est-ce un.e bon ami.e ? Une connaissance ? Cette personne est-elle engagée dans son projet ? Est-elle en début ou en fin de projet ? Vous devez mesurer votre aide en fonction de l’autre. Si la personne ne fait pas grand-chose volontairement, ne faites rien. Si la personne vous demande toujours des sous, du temps, des trucs en avançant 10000 excuses, fuyez.
Mais si la personne a du mal à faire, vous pouvez l’aider à comprendre la méthode. Au fond, et malgré toute sa bonne volonté, Kai n’aide pas Jean. Il risque de payer les pots cassés de son manque de recul.
L’autre leçon du manga Fashion est la nécessaire prise de recul, surtout quand le projet est grand. Il faut toujours prendre le temps de se poser les bonnes questions. Pour créer son entreprise, par exemple, il ne suffit pas d’être bon dans son domaine. Il faut aussi se former au métier de chef.fe d’entreprise.
Arnaques : comment aider les victimes ?
Ne restez pas sans réagir. Sakurako, la femme de Kai, aura cette position en se souvenant de son père. Le père de Sakurako s’est ruiné la santé dans un métier qu’il n’aimait pas pour faire vivre sa famille. Il n’a jamais pu vivre de sa passion. Sakurako voit que son mari est passionné quand il aide Jean. Il n’a pas du tout l’impression d’être berné. Elle sait qu`il ira jusqu’au bout, et ne veut pas l’entraver. Elle refuse qu’il souffre comme son père a souffert.
Attention aux souvenirs. C’est le même principe que le parent qui empêche son enfant de faire telles études, car il a vu l’enfant du voisin rater. Chaque situation est unique. Ce qu’a vécu le père de Sakurako n’est pas ce que vit Kai. Ne pas défendre quelqu’un sous prétexte de le laisser « vivre à fond » peut être très dangereux. Il est tout aussi dangereux de transformer une expérience en principe de vie pour tous et toutes. Les expériences peuvent servir à mettre en garde, à conseiller, à encourager. Mais elles ne doivent pas s’imposer comme des principes rigides.
Jean continuera-t-il ses arnaques ou se fera-t-il enfin arrêter ? Affaire à suivre…
Les infos en plus
- Crédit image : Fashion couverture du tome 3 © HARUNA Lemon / 2020 / Bungei Shunjuu
- Fashion : éditions le Lézard noir
- Générique du podcast : Hands of the wind, de Manuel DELSOL
- Effets sonores : Zapsplat.com


