Précédemment dans La Rose de Versailles.

La Rose de Versailles, les origines

A l’origine, il y a Versailles no Bara, La Rose de Versailles, chef d’œuvre d’IKEDA Ryoko, pilier du shôjo manga. Versailles no Bara est publié en 1973 dans le magazine de prépublication Margaret de l’éditeur Shûeisha. Le manga sort une première fois en France chez Kana, en 2002. Il est réédité en 2011.

L’adaptation anime de La Rose de Versailles (réalisée par le studio TMS) sort en 1979 Japon, en 1986 en France, sous le titre Lady Oscar. Une adaptation tout aussi sublime que le manga. On retrouve un incroyable duo : DEZAKI Osamu à la réalisation, ARAKI Shingo au chara design. Le style de ces deux géants de l’animation japonaise, décédés en 2011, a marqué leur époque.

En 2022, on apprend qu’un film d’animation est en cours de production pour les 50 ans de la série… Et c’est donc cette année que le film d’animation voit le jour ! Réalisé par le studio MAPPA, il sort au Japon en janvier. L’éditeur VOD Netflix s’occupe de sa distribution internationale, le 30 avril.

La Rose de Versailles, l’équipe du film

  • Réalisatrice : YOSHIMURA Ai (Blue spring ride)
  • Scénariste : KONPARU Tomoko (Ashita no Joe 2)
  • Chara design : OKA Mariko
  • Compositeurs : SAWANO Hiroyuki (Solo leveling…); YAMAMOTO Kohta (SNK)

La Rose de Versailles, l’histoire

La Rose de Versailles, c’est bien sûr Oscar François de Jarjayes, fille du colonel de Jarjayes. 1755. Lassé de n’avoir que des filles, le colonel décide d’élever Oscar comme un garçon. Oscar vient de naître. Deux autres enfants naissent la même année : Marie-Antoinette d’Autriche et Axel de Fersen. Marie-Antoinette est la 4e fille de François Ier de Lorraine, empereur du Saint-Empire romain germanique, et de Marie-Thérèse de Habsbourg, archiduchesse d’Autriche.

Le 16 mai 1770, Marie-Antoinette épouse Louis XVI. Elle a 14 ans. C’est ici que la fiction se mêle à la véritable histoire.

Oscar François

Le personnage d’Oscar vient du général François Augustin Regnier de Jarjayes, royaliste, membre du cercle très fermé des amis de la Reine. En 1793, il tentera à plusieurs reprises de faire évader Marie-Antoinette, alors emprisonnée au Temple. Mais ses plans échoueront. Mais nous n’en sommes pas encore là.

Jeunes têtes couronnées

Le Roi Louis XV, malade (il a attrapé la petite vérole) meurt. Vive le Roi. Louis XVI et Marie n’ont que 20 ans. Le pays est bien plus vaste que Versailles. Mais, emprisonnés dans leur richesse, la Cour vit au dessus de ses moyens. Marie-Antoinette fait hélas partie de ces personnes trop dépensières…

Louis XVI, lui, n’a que peu d’intérêt pour le faste. L’histoire le dépeint balourd et gauche. Il était juste myope. Instruit, passionné de technologie, il se penche sur les mécaniques des serrures… et sur la politique. Ainsi, il allège à la marge l’Edit sur la politique des esclaves, plus connu sous le nom de « Code Noir ». Un allègement qui, dans les faits, ne changera pas grand-chose au sort des Noirs.

L’affaire du collier

Louis XVI commet d’autres erreurs aux conséquences graves. Il peine à prendre des réformes pour réduire le train de vie de la Cour et assainir les caisses du royaume. Les dépenses de Marie-Antoinette ne passent pas. L’affaire du collier, restée dans les anales, précipitera la reine et le roi vers la chute. Pourtant, le roi essaiera jusqu’au bout de s’adapter à son époque. Alors que la monarchie tombe, soufflée par la révolution, Louis XVI comprend et accepte les pensées nouvelles, les pensées citoyennes. Mais il est trop tard.

L’affaire Fersen

Ami, amant ? Aujourd’hui encore, historiens et historiennes débattent de la questions. Pour certains et certaines, il s’agissait tout au plus d’un jeu de séduction mutuelle. Marie-Antoinette n’avait pas de vie privée, et donc aucune chance de s’adonner à quelques batifolage avec le riche suédois. Mais d’autres relèvent des missives échangées par Marie-Antoinette et Fersen… Cependant, on oublie souvent que Fersen était également un intime du roi Louis XVI. Il s’illustrera en tant que conseiller de l’ombre. Marie-Antoinette jouera également un rôle politique de premier plan.

Oscar

Assez tôt, Oscar se rend compte que la reine est moins reine qu’elle le devrait. L’archiduchesse d’Autriche avait déjà entrevu les risques dramatiques que prenait sa fille… Oscar aussi le voit et prévient à plusieurs reprises la reine. En vain. Pour Marie-Antoinette, l’ordre établi ne saurait être bouleversé par des pensées révolutionnaires.

Oscar finit par quitter les Gardes Royales, et s’engage dans les Gardes françaises. C’est une vraie rupture avec la monarchie. Oscar va donc se tourner vers le peuple. C’est pour lui qu’elle combattra, jusqu’à la mort.

Le film anniversaire

Versailles no Bara est une histoire riche. Il y avait fort faire, et beaucoup à dire. Bien sûr, difficile de condenser tout cela en 1h52. Il faut faire des choix judicieux pour tracer une ligne claire. Celle choisie la réalisatrice est hélas enfantine, mièvre, et quelque part, assez superficielle.

Animation

Certes, les décors sont somptueux. Les couleurs sont néanmoins bien trop pop. La ligne ronde donne un côté enfantin et léger qui ne cadre pas avec les tourments de l’époque. Et pourquoi ces têtes encadrées par mille roses, au début du film ? Trop de brillant, de roses, et de rose, la couleur. C’est comme si on avait poussé à fond tous les curseurs de la romance clichée.

Musique et chansons

Un générique de début qui dure 3 ans (plus d’une minute 30, disons) et des chansons qui sortent comme ça, pour expédier une partie de l’histoire ou expliquer très lourdement les sentiments des personnages… Le film est censé s’inspirer du théâtre Takarazuka. Mais le théâtre, c’est le théâtre. Les possibilités qu’il permet et l’ambiance qu’il instaure ne sont pas transposables tel quel dans un film d’animation. Les chansons et les musiques ne cadrent pas avec Versailles no Bara.

Scénario

Tout est coupé et ramassé en séquences peu claires. Quand on connaît l’histoire d’origine, on rassemble les morceaux. Mais pour celle ou celui qui découvre… quelle douleur… L’histoire est expédiée et s’attarde sur des détails, et sur certaines séquences qu’il aurait mieux valu couper.

Romance trop mièvre

L’histoire fait le choix de zoomer lourdement sur la romance entre Fersen et Marie-Antoinette… une romance transformée en fièvre très premier degré, avec des scènes assez tristes à regarder. On veut nous montrer la tragédie d’un amour impossible. Mais ces séquences aux couleurs ultra pop et à la terrible musique transforment cela en farce. Au mieux, ça fait sourire, au pire, ça agace.

Voix-off

Les manques du film sont censés être comblés par la voix-off, très mal utilisée. C’est simple : elle bouche les trous entre les séquences. On expédie des pans entiers de l’histoire en quelques phrases et images arrêtées, ou avec un clip pénible à regarder.

Polémique

Un point sur deux scènes totalement dispensables. André aime Oscar depuis l’enfance. Cette dernière mettra beaucoup de temps à réaliser qu’elle l’aime aussi. André, lui, aura quelques éclairs de sauvagerie. Un soir, il empoisonne un verre de vin, qu’il sert ensuite à Oscar. Mais il reprend ses esprits et l’empêche finalement de boire.

André, décidément déterminé à commettre un crime, se donnera une nouvelle occasion, en tentant de violer Oscar. Hélas, encore plus à l’époque qu’aujourd’hui, on pouvait voir ces scènes dramatiques revêtir le voile de l’amour désespéré. En France, il existait même l’expression de « crime passionnel », expression qui, fort heureusement, a disparu du vocabulaire.

Ces scènes n’auraient jamais du figurer dans le film. Certes, il n’y a pas la tentative de viol. Mais il reste l’attitude d’André : alors qu’Oscar veut enfin passer la nuit avec lui, André l’enserre. Le visage d’Oscar se fait soudain paniqué, comme si elle refusait. Et André de maintenir son emprise car, vraiment, il a trop attendu. Le voici qui jette celle qu’il aime sur le lit, et c’est parti. Le visage crispé d’Oscar se décontracte, et les deux amoureux profitent enfin de la chaleur des draps… Cette scène d’amour supposé consenti aurait dû l’être de bout en bout. Cessez de nous montrer des hommes qui se transforment en brutes lorsqu’il s’agit d’amour. Le message diffusé est affligeant.

Fin du film

Certes, le film gagne un peu en intérêt vers la fin, quand la garde royale, rangée derrière le peuple, défie la royauté. Mais l’émotion retombe vite… à cause d’une chanson. Fallait-il vraiment faire chanter des gens qui s’apprêtent à mourir ? Là, ça fait vraiment « on fait la guerre la fleur au fusil » : quelle bonne blague. La mort d’André, la mort d’Oscar, même ça, ils ont réussi à enlever toute intensité dramatique.

Adaptation

Le film a voulu, en 1h52, adapter tout le manga. Difficile défi. Défi perdu. De meilleurs choix auraient pu être faits. Par exemple, démarrer le film à la mort de Louis XV, ou même après. Choisir un cadrage clair : par exemple, le gouffre entre les souffrances du peuple et le faste de la cour.

Le cadrage choisi : l’histoire d’amour, aurait pu convenir, s’il avait été correctement inséré dans le plus grand angle du drame historique. C’est cette tension qui porte La Rose de Versailles. Mais elle est quasi absente du film.

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