Levius : l’histoire

XIXe siècle de la nouvelle ère.

Après la Grande Guerre.

Levius Cromwell, jeune orphelin, survit avec son oncle, le jovial Zack, et sa grand-mère. La guerre lui a tout pris : son père est mort. Sa mère est dans le coma. Levius a perdu un bras… Ne lui restent que des souvenirs traumatiques. L’enfant rêve de retrouver le sourire de sa mère. Et si la boxe mécanique lui permettait de réaliser son souhait ?

Ce sport cruel est très en vogue, depuis la Grande Guerre. Des gens comme Levius, avec une partie du corps mécanisé, s’affrontent jusqu’à la mort. Malgré les réticences de Zack, Levius se lance. L’oncle finit par suivre, et même entraîner l’adolescent. Levius sera aussi épaulé par l’ingénieur Bill, qui lui concocte une prothèse médicale capable de rivaliser avec les prothèses militaires…

Mais la boxe mécanique est bien plus qu’un simple sport. Une ombre terrifiante tire les ficelles : Amethyst. On la croyait pourtant dissoute depuis la guerre. Amethyst vit, et effraie. Incarnation de cette société de l’ombre : le Docteur clown Jack Puting et ses expériences cauchemardesques.

Levius ignore tout des machinations qui se jouent derrière l’arène de boxe mécanique. Il y sera cependant vite confronté. Car alors qu’il combat pour se hisser dans le top des boxeurs mécaniques internationaux, il tombe sur une mystérieuse et redoutable combattante. Une combattante assez puissante pour massacrer le favori que Levius pensait combattre, nommée A.J. Derrière elle : l’effrayante organisation Amethyst.

Levius : les origines

Levius est un manga de NAKATA Haruihisa terminé en 3 tomes. La série est sortie en 2012 chez la Shôgakukan. Après la fermeture d’Ikki, son magazine de prépublication, Levius continue sous le nom Levius Est (10 tomes), dans le magazine de prépublication Ultra Jump (Shûeisha). En France, c’est Kana qui a édité Levius et Levius Est, respectivement en 2015 et 2017.

Les points forts de Levius

Le mélange des genres

Ce qui surprend dans Levius, c’est la réunion d’ambiances et d’éléments a priori totalement différents : steampunk, poésie, géopolitique, sport, rêve, guerre, fausses doctrines religieuses… (surtout dans Levius Est). Tous ces éléments s’effleurent, se croisent, s’emmêlent, s’imbriquent et se révèlent à travers un dessin somptueux.

Les dessins

La finesse du trait, son élégance et son raffinement, la beauté des premières pages en couleur, le cadrage, les arrière-plans floutés juste ce qu’il faut, certains plans audacieux pour souligner ici, la tension, là, le corps déformé ou ce qu’il en reste… il y a une recherche d’esthétisme et d’élégance, même pour présenter l’insoutenable. La douleur est presque palpable. Et l’on est parfois bien gênés d’assister à ces combats, comme des petits voyeurs. Là-bas, dans l’arène, des gens jettent leur vie pour quelques instants de gloire.

Dans Levius, il y a aussi comme… une mélodie. Une mélodie dessinée, souvent mélancolique, tantôt dramatique. Le chef d’orchestre Nakata s’autorise parfois quelques envolées légères, des scènes de famille reconstituée, Levius, l’oncle, la grand-mère, l’ingénieur, et d’autres venus se greffer au petit bonheur retrouvé. Viennent également quelques élans lyriques, où les personnages s’interrogent sur ce monde qu’ils ne comprennent plus.

Les yeux, justement. Le travail du mangaka sur les yeux, sur les regards, est particulièrement remarquable. Le dessin est touchant, sensible, et rend la réalité de ce monde d’autant plus dure. Les yeux, particulièrement expressifs, vibrent, transmettent mille émotions. Certaines scènes se passent de parole, car les yeux et les corps parlent d’eux-mêmes.

Le sens de lecture

Ce point a fait couler beaucoup d’encre : le sens de lecture occidental. A la fin du tome 1, l’auteur explique très simplement pourquoi son éditeur et lui ont opté pour le sens de lecture occidental. Toucher le monde. Réunir les mondes. Oui, effectivement, ça se tient.

Levius, un héros empathique

Avec ses traits délicats, on a du mal à l’imaginer plongé dans la violence de la boxe mécanique. Quand il ne combat pas, Levius est plutôt discret, presque effacé. Mais sur l’arène, il peut jaillir de lui une sorte de rage qui le fait bondir pour secourir ses amis, affronter le mal et libérer les vies. Son attachement à sa mère est très touchant. Il rappelle Hyôga, l’un des héros de Saint-Seiya / Les chevaliers du zodiaque.

L’empathie de Levius le fait se surpasser, incarner un idéal bien lourd à porter pour un seul être. Mais il n’est pas seul, justement. Sa famille est là. Levius ne cache pas ses failles, au contraire. On comprend son traumatisme et son désir d’essayer de vivre, malgré tout. C’est un jeune homme blessé qui se jette dans l’arène pour y trouver… un nouvel espoir.

Les couacs

Les quelques personnages féminins vont hélas tomber dans quelques regrettables clichés. Il y avait pourtant de quoi développer des personnages féminins intéressants, comme ceux de Gene Bride, d’Entre les lignes ou de Run to Heaven. La première partie de Levius le fait, avec A.J. La seconde partie glisse malheureusement dans quelques travers facilement évitables : les tenus de certaines combattantes, les réactions de certaines héroïnes… réactions mettant en valeur l’héroïsme de Levius. Les filles qui sauvent deviennent les stéréotypées filles à sauver.

Un monde trop grand ?

Levius Est tient sur 10 tomes : c’est assez pour que l’auteur explique le fond de son histoire. Ce qui était néanmoins une qualité au début, le mélange des genres, devient trop grand dans la seconde partie. On se demande à quel point on a dû tendre les fils pour relier des éléments qui n’allaient peut-être pas si bien ensemble. Tournois, géopolitique, on ne comprend toujours bien comment le monde peut se jouer là, dans des coups de poing.

L’orgueil de l’homme

L’histoire prend une tournure un peu convenue pour lier tout ça, avec notamment une doctrine pseudo-religieuse très stéréotypée : voici une énième théorie qui fait passer les hommes pour Dieu, pour ensuite dire que les hommes auraient « inventé » Dieu… Dans les séries abordant ce sujet, tout est dit avec grand sérieux et gravité, avec beaucoup de sagesse et d’humilité.

N’est-ce pas au contraire beaucoup d’orgueil ? L’homme ne comprend rien, mais veut croire et fait croire qu’il comprend tout et qu’il peut donc tout définir, y compris ce qu’il ne comprend pas. Ici, on dépasse l’univers de Levius pour toucher à toutes les fictions où l’on place l’homme au centre de tout, peut être sans le savoir, peut être avec un vrai projet derrière. C’est, je pense, dans cela que tombe le manga Jésus, de Yoshikazu Yasuhiko.

Si Levius m’avait laissé une impression globale plutôt positive, la suite, Levius Est, me laisse quelque peu perplexe. Le dessin et la poésie sont toujours aussi sublimes. Hélas, je n’ai pas compris les tenants et les aboutissants, alors même que l’auteur me délivrait les réponses. Il faut relire, Asa !

Les infos en plus

  • Crédit image : Levius Est © NAKATA Haruihisa / Shôgakukan (2012) ; Shûeisha (2015)
  • Levius : éditions Kana
  • Générique du podcast : Joy to the world/Jingle bells Jes SMITH (Zaplast)
  • Effets sonores : Zapsplat.com, Angela PAULSON

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