Précédemment dans Jalouses.

Pour rappel, Jalouses est l’excellent josei manga de Battan, sorti au Japon en 2021 (série terminée en 5 tomes) dans le mag de prépublication Kiss de la Kodansha, et édité en France chez Akata depuis septembre 2024.

Rappel dans le rappel

  • josei = jeune femme, femme
  • seinen = jeune adulte
  • shôjo = fille
  • shônen = garçon

On traduit souvent «  shôjo manga » par « manga pour fille » shônen manga, « manga pour garçon » etc. Mais le terme « pour » (absent dans l’expression en japonais) ne signifie pas que tel type de manga est réservé aux filles, aux garçons, etc. Ce sont plutôt des cibles éditoriales. Cibles qui ont néanmoins introduit des biais préjudiciables, notamment, au shôjo manga. Ainsi, certains/certaines ont encore tendance à réduire le shôjo manga à des romances mièvres. C’est oublier les shôjo/josei historiques de sport, d’horreur, de fantasy, de suspense, etc.

Mais romance tant décriée est en fait courtisée par tous. Dans quel monde vivrait-on s’il n’y avait pas ces nobles sentiments ? Un Luffy partant secourir ses amis, le fait par amour. Mais il ne l’exprime pas comme d’autres le feraient.

Sentiments partagés, haine féroce

Jun et Ran, les héroïnes, se retrouvent pour les funérailles de leur mère. Mais les deux sœurs se détestent. Elles se détestent encore plus lorsque Ran décide de réintégrer la maison familiale (maison qu’elle n’a jamais aimée) avec son mari Ritsu. Ritsu, l’ex de sa grande sœur Jun. Mais point ici de guerre pour l’amour, ou plutôt, ce n’est pas de cette guerre-là dont il est question.

La haine entre les deux sœurs n’a pas commencé avec Ritsu. Elles se détestent et s’envient depuis l’enfance. Au début, tout montre que Ran est fautive. Elle se présente aux funérailles de sa mère avec détachement et nonchalance. Les autres membres de la famille confirment que oui, Ran n’a jamais rien fait pour la famille, contrairement à Jun.

Mais à mesure que les deux sœurs replongent dans leurs souvenirs, on se rend compte que la réalité n’est pas toujours celle qui apparaît devant nos yeux. Ran n’est pas la petite sœur toxique qu’on imagine. Qu’est-ce qu’être toxique ? Ritsu a peut-être la réponse.

La vraie nature de mes sentiments

Le tome précédent s’est longtemps attardé sur le passé de Ran. La jeune femme a pris ses distances avec Jun, mais aussi avec Ritsu. On sait que Ran a joué un rôle dans les tensions entre sa sœur et son petit-ami de l’époque, Ritsu. En faisant le point sur ses sentiments, Ran réalise que son prétendu amour masquait une grande solitude. Depuis son enfance, la jeune femme court après l’amour et la reconnaissance… de sa mère… et de Ran ?

Et Ritsu ? La séparation d’avec sa femme lui fait également réaliser la vraie nature de ses sentiments. Mais contrairement à Ran, Ritsu ne prend pas vraiment de décision. Il reste avec ses souvenirs, ses frustrations d’enfant… il n’est pas ballotté entre les deux femmes. C’est plutôt lui qui profite de la situation. S’en rend-il compte ? Certainement, oui. Son entourage professionnel lui fait remarquer qu’il y a un grave problème. Ce qu’il fait est horrible, voilà qui est dit. Un jour dans les bras de la sœur, un jour dans deux de l’autre, et il viendrait nous parler d’amour ? Nous voici devant un escroc des sentiments, ni plus ni moins.

Car Ritsu sait bien les sentiments que nourrissent les deux jeunes femmes à son égard. Ou plutôt, il croyait savoir… s’il reste dans cette situation inconfortable, c’est certainement pour combler ses peines, éteindre ses frustrations. C’est reposant, finalement, de vivre en sachant que deux femmes s’arrachent votre cœur.

Mais la vérité, c’est que ni Ran ni Jun ne s’arrache le cœur de Ritsu. Lui-même se rend compte qu’il ne peut pas aimer les deux sœurs. Et d’ailleurs, il n’aime pas les deux. Mais il ne prend aucune décision. Non par indécision, mais par lâcheté.

Vrais sentiments, vrais tourments

Encore un très bon tome de Jalouses. Le trait suave et tout en courbes de Battan (son travail sur les yeux est particulièrement saisissant) est un joli ravissement. Il donne corps à cette ambiance, entre cachotteries, non-dits, incertitude…

C’est dur à dire, mais c’est un fait : ce n’est pas toujours l’amour fou dans la famille. Ce n’est pas toujours l’amour fou dans le couple. Mais que faire ? Faut-il céder à la pulsion du moment ? Faut-il laisser parler ses vrais sentiments ?

Certains diront que Jun a cédé à la pulsion du moment. Jun rétorquera qu’elle récupère ce qu’on lui a volé et indexera Ran, la voleuse de bonheur. Mais Ran objectera qu’elle récupère ce qu’on ne lui a jamais donné : de l’amour. Et s’il faut passer par Ritsu, elle passera par lui.

Ritsu n’est-il pas celui qui cède à la pulsion du moment ? Il ne faut pas attendre une réponse de sa part. Il préfère jouer les victimes. Effectivement, lui aussi a souffert, notamment à cause de sa mère. Mais l’a-t-elle pour autant muselé pour l’éternité ? Etait-il obligé d’utiliser les deux sœurs pour combler ses frustrations ? Va-t-il continuer de cacher ses vrais sentiments ? A omettre de dire la vérité par crainte de blesser l’autre ? Dans son cas, l’argument (déjà discutable en soi) ne tient pas. L’omission crée justement la blessure.

Plus on observe l’homme, plus on voit les conséquences du manque, de l’envie, de la frustration. Mais heureusement, les prises de position de Ran et Jun obligent Ritsu à prendre également position. Avec quelle conclusion ?

A suivre dans le 5e et dernier tome de Jalouses.

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