Précédemment dans Jalouses.

Retour d’Asa, retour des mangas, après une semaine de pause canicule. Quand il fait trop chaud, j’éteins le micro !


Clap de fin pour Jalouses. Le 5e et dernier tome du manga signé Battan est sorti en juillet dernier. Pour rappel, Jalouses, c’est l’histoire de Jun et de sa sœur Ran. Entre les deux sœurs, c’est le blizzard. Le temps n’a rien arrangé, au contraire. Ran et Jun semblent cependant faire un pas… mais dans quelle direction ?

Faut-il forcément aimer les membres de sa famille ?

Jun et Ran se détestent et voudraient se haïr toute leur vie. Car après tout, faut-il forcément aimer les membres de sa famille ? Personne n’a demandé à naître dans telle ou telle famille.

On débarque dans une famille déjà constituée. Dans le schéma classique, il y a une mère et un père, qui avaient des parents sur des kilomètres et des générations. Et ces gens rassemblés sous le patronyme « famille » sont aussi devenus, selon leur position, des sœurs, des frères, cousines, des cousins, des tantes, des oncles, des nièces, des neveux, avec ou non un lien biologique. Et donc, il faudrait s’aimer.

C’est l’obligation qui gêne, ici. Car on ne peut pas obliger quelqu’un à aimer. Certain.e.s diront donc qu’on n’est pas forcément obligé d’aimer un membre de sa famille. Effectivement. Mais attention à la tentation facile de glisser dans un égoïsme sorti du chapeau. « Je m’aime, et tant pis pour les autres. Je n’ai pas demandé à naître dans cette famille ». Le problème, c’est qu’on ne sait même pas ce que veut réellement dire « aimer ».

Heureusement, dans bien des familles, l’affection vient naturellement. Un lien se crée, s’enrichit, s’entretient, se renforce. Mais dans bien des familles aussi, les déchirures brouillent les relations. Pour autant, vivre chacun pour soi est-il la solution ? Bien sûr que non. Pourquoi sommes-nous empaquetés en « famille » ? Voilà la question. La réponse tombe d’elle-même : l’être humain est fait pour vivre en groupe. C’est là qu’il apprend à aimer.

La spirale mortifère du favoritisme

Avant d’avoir un enfant, les parents ont eu une vie. Il arrive que cette vie d’avant ait des conséquences sur la vie du présent. Quand les conséquences sont positives, on est ravi, mais dans le cas contraire, au secours. Les enfants peuvent faire les frais de ces vies d’avant qui s’imbriquent dans leur vie naissante, quand ce ne sont pas les comportements bien actuels de leurs parents qui assombrissent leur quotidien…et leur avenir. Les parents de Jun et Ran ont-ils été toxiques ?

Attention ici à ne pas mettre tout le monde dans le même panier. Le problème de ce genre d’expressions virales, c’est qu’on a tendance à les plaquer sur tous les types de situations, y compris celles qui n’ont rien à voir avec le sujet.

Le manga Jalouses ne nous montre qu’une vision partielle des parents, et plus particulièrement de la mère des deux femmes. Une image tirée des souvenirs des deux jeunes femmes. Des souvenirs très différents : pour Jun, sa mère est aimante et attentionnée. Pour Ran, elle est l’incarnation du favoritisme.

Favoritisme. Un mot presque tabou pour des parents qui, ils en sont certains, aiment leurs enfants. Bien sûr, ils ne les aiment pas forcément « de la même façon », car chaque enfant est différent. Le problème, c’est quand un parent privilégie ostensiblement un enfant. Difficile d’expliquer à l’enfant lésé qu’il est tout aussi choyé que le favorisé… car tel n’est pas le cas. L’enfant le voit.

Les parents n’imaginent pas les conséquences catastrophiques d’un tel comportement. Chaque enfant devrait pourtant recevoir les mêmes choses : le même respect, la même attention, des cadeaux de même valeur. On ne pas pas noyer l’un ou l’une sous les cadeaux, et donner des miettes à l’autre.

Faire revivre le passé/vivre un nouveau départ

Jun veut revivre le passé. Ran a tourné une nouvelle page de sa vie. Ritsu ose enfin s’aventurer dans le vaste monde de demain.

Peut-on revivre le passé ? Non. Et pourtant. Nous sommes nombreux, comme Jun, à vouloir le faire… quand les évènements sont heureux, bien entendu. Qui voudrait revivre des malheurs ?

On comprend ce désir de se replonger dans les souvenirs joyeux, surtout quand on ne va pas bien. Le futur pourrait nous réserver d’autres moments de joie, mais il nous effraie plus qu’autre chose. Le problème, c’est qu’on oublie, comme Jun, que tout a changé. On a changé. Au fond, on ne veut pas vraiment revivre tel évènement du passé, mais plutôt se lover dans une ambiance réconfortante. A contrario, Ran ose se tourner vers l’avenir. Elle fait courageusement fait face à son passé, pour mieux couper les liens de la jalousie, et de tout ce qu’elle ramène avec elle.

Ritsu aussi peut avancer, seul. Ce n’est pas une solitude qui l’enferme, mais plutôt une solitude qui le libère et le reconnecte à soi et aux autres. Le monde de demain, Ritsu compte bien l’écrire. Jun et Ran vont aussi écrire, à leur manière.

Apprendre à aimer sa famille, apprendre à s’aimer

Aimer un membre de sa famille, aimer tout court, ça demande un effort. Quand tout va, on ne sent pas l’effort. Mais quand les conflits arrivent, c’est là qu’on mesure réellement l’affection qu’on porte à la personne… surtout quand il n’y a plus d’affection, justement. Le véritable amour demande un effort quotidien. C’est facile d’aimer seulement quand tout va bien. C’est plus difficile quand tout va mal.

Faut-il obligatoirement aimer les membres de sa famille ? Plutôt que de parler d’obligation, et si l’on parlait d’effort ? S’efforcer de s’entendre avec sa famille, de se parler, de préserver la paix.

Les infos en plus

  • Crédit image © BATTAN / Kôdansha (2021)
  • Jalouses, éditions Akata
  • Effets sonores : Zapsplat.com 

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