En mai dernier, les éditions Akata ont sorti le one-shot Au début de la fin du monde. Au Japon, ce manga, signé TANAKA Kei, est sorti chez la Hakusensha en 2014, sous le titre 世界の終わりの始まり(Sekai no owari no hajimari). Le titre français est une traduction fidèle du titre japonais.
Avant la fin du monde
Maiko et Mitsuo sont au lycée. Les deux amis d’enfance sortent ensemble depuis quelques années. Si les camarades de Maiko trouvent son copain intimidant, Maiko, elle, sait bien que Mitsuo (qu’elle surnomme affectueusement « Mimi ») est doux, attachant, et excellent cuisinier. Seule « ombre » au tableau : il n’est pas très entreprenant… contrairement à Maiko. Mais elle ne s’en plaint pas vraiment. Elle savoure son petit bonheur.
Mais une menace plane sur Hokkaido : un virus non identifié commence à sévir. Très vite, les hôpitaux sont débordés. Alors qu’ils se baladent en ville, Maiko et Mitsuo surprennent une personne en mordre une autre, qui se jette à son tour sur d’autres inconnus. La place publique mute en scène de panique. Maiko et Mitsuo courent se réfugier dans la maison de Maiko. Dans le quartier, c’est la désolation. Le voisinage est infecté par la maladie. La mère de Maiko elle coincée sur son lieu de travail (le père de Maiko est décédé). Les parents de Mitsuo ne sont pas là non plus.
Les mauvaises nouvelles s’enchaînent : les autorités mettent Hokkaido sous cloche. Les personnes qui n’ont pas été infectées doivent rester chez elles. C’est le début de la fin du monde.
Souviens-toi, au temps du Covid
Même s’il se passe bien avant la Covid, impossible de ne pas rapprocher Au début de la fin du monde de la crise sanitaire.
Cette période pas si lointaine a traumatisé le monde entier. En mars 2020, lorsque le monde s’est confiné, on se demandait tous si on allait mourir en sortant de chez nous. En France, il fallait une attestation spéciale pour sortir. Faire ses courses demandait une organisation militaire. Les commerces non essentiels étaient fermés. C’était difficile pour tout le monde : les jeunes, les travailleurs, tout le monde angoissait et se demandait s’il y aurait un avenir… Les gens sortaient avec des visières, avant que le masque ne soit généralisé. Un masque toujours utile aujourd’hui. Certains ont gardé la bonne habitude pour se protéger et protéger les autres. On sait néanmoins que le masque cause des difficultés, par exemple, pour les personnes devant lire sur les lèvres. Des masques transparents ont vu le jour, mais ne se sont pas démocratisés.
Et si c’était la fin du monde…?
A travers son manga, l’autrice semble nous poser cette question : que ferions-nous à la place de Maiko, Mitsuo, et des autres survivants ?
A chacun sa manière de réagir à la crise. L’exemple de la pandémie a montré plusieurs types de réactions : défier volontairement l’autorité, propager volontairement des théories complotistes ou, au contraire, se laisser entraîner presque malgré soi dans la spirale, lutter contre les idées sombres, suivre les règles et encourager les autres à le faire, apprendre la résilience, faire des activités pour continuer d’espérer, penser aux autres…
Le manga Au début de la fin du monde nous parle effectivement de solidarité. Les survivants s’entraident et recréent la vie en société, en famille. Alors que personne n’arrive à trouver de vaccin contre le virus, les protagonistes du manga sont obligés de s’organiser au jour le jour pour survivre. Là encore, la mangaka semble nous interroger : quels choix ferions-nous si nous étions à leur place ?
… que ferais-tu ?
Hélas, ce one-shot pèche sur un point essentiel : la présentation de l’héroïne, Maiko. Cette dernière est passive, alors que tout pousse à l’action. Certes, c’est un comportement comme un autre. Mais on a trop vu ce type d’héroïne. Bien sûr, tout le monde a peur. Mais comment expliquer qu’en général, la peur des personnages masculins n’est pas montrée ? Et quand elle l’est, elle ne les empêche pas d’agir pour s’en sortir. Au contraire, on aime trop présenter des personnages féminins passifs. Nous voici encore devant un problème de transcendance, et de représentation des personnages féminins.
Quel message la mangaka veut-elle transmettre au public féminin ? au public masculin ? Comment les filles et les femmes réagissent-elles devant le personnage de Maiko ? Veut-on vraiment nous faire croire qu’il y aura un homme qui fera tout pour nous ? N’est-ce pas une vision égoïste ? Car, même si cela était vrai, qu’est-ce qui nous empêche d’agir ? Les femmes peuvent aussi être celles qui vont sauver les autres.
Le vrai début à la fin
Malgré un pitch intéressant, Au début de la fin du monde présente une héroïne trop peu intéressante. La lecture du one-shot s’en voit un peu gâchée, hélas. Dommage.
Les infos en plus
- Crédit image Sekai no owari no hajimari © TANAKA Kei / Hakusensha (2014)
- Au début de la fin du monde : éditions Akata
- Générique du podcast : Hands of the wind, de Manuel DELSOL
- Effets sonores : Zapsplat.com


