Grand angle sur Ugly Princess et nouvelle promesse de campagne tenue ! Kengai princess (圏外 プリンセス) c’est le manga AIDA Natsumi (Switch girl, Analog drop…). Publié au Japon en 2014 chez la Shûeisha, le manga sort en 2016 en France, chez Akata, sous le titre Ugly Princess (série terminée en 7 tomes).
Ugly Princess, l’histoire
La vie de MEGURO Mito est un combat de chaque instant. Son prénom, qui signifie « belle personne » ne correspond pas vraiment à ce que lui renvoie le miroir. Complexée par son physique, moquée par ses camarades, la jeune collégienne ne trouve d’instants de répit qu’auprès de ses camarades de classe HARUKAWA Kyo (Haru) et TOMARU Sakae (Maru).
Les 3 collégiennes se sont liées d’amitié grâce à Princess Paradise, jeu de drague auquel elles sont accros. Chacune a son préféré. Haru craque sur Rei, jeune homme à la personnalité complexe. Mito n’a d’yeux que pour Seiya, le robot doux et câlin. Maru boit les paroles de Shinbe, samouraï perdu dans le monde moderne. Et oui, voilà donc notre cher Shinbe et sa célèbre citation connue de toute la galaxie : « deux pas en avant, un pas en arrière, c’est aussi avancer ».
Princess paradise au secours des cœurs brisés
Les trois beaux gosses du jeu de drague consolent les cœurs blessés des collégiennes et leur redonnent confiance et espoir. Enfin, ça, c’est surtout vrai pour Mito. Car la jeune fille doit toujours affronter les moqueries de ses camarades. Elle les a tellement entendues qu’elle a intégré leurs discours, et se montre très dure envers elle-même. Elle reste traumatisée par un épisode humiliant de sa vie d’écolière. Son amour de jeunesse, Umeda, s’est moqué d’elle devant toute la classe. Comme si ce malheur n’était pas assez grand, il fréquente toujours le même établissement qu’elle, et Mito tremble de le croiser dans les couloirs…
Bien sûr, ce jour arrive. Mito, une nouvelle fois humiliée, ne sait comment réagir. Heureusement, Kunimatsu, un camarade de classe, lui vient en aide. C’est le début d’une nouvelle relation, pour Mito. Tout d’abord reconnaissante, elle nourrit vite des sentiments pour celui qui deviendra son ami, et bien plus encore, peut-être, elle l’espère… Mais peut-elle seulement envisager d’être heureuse ?
!! ATTENTION REVELATIONS !!
!! A partir de maintenant, analyse détaillée du manga !!
Princess in love
Le premier tome du manga plante vite le décor. AIDA Natsumi oscille entre cynisme, paroles dures, et humour. On est très vite plongé dans le monde de Mito. Elle est dure envers elle-même presque par automatisme. Tout le monde se moque d’elle. Elle le fait également, certaine de ne pas avoir le droit d’être heureuse. Ses joies, elle ne les trouve qu’auprès de ses amies Haru et Maru. Les filles ne la jugent pas et partagent la même passion qu’elle pour Princess Paradise. Mito s’imagine princesse romantique, avec le beau prince à ses côtés. Ces instants sont très drôles. L’humour bien dosé ajoute de la fraicheur au manga.
Et Mito rencontre Kunimatsu. Il la délivre des griffes de Umeda et l’aidera à plusieurs autres reprises. Mito tombe amoureuse. Beaucoup trop vite. En deux pages (du tome 1, toujours!), elle clame son amour pour le garçon. Il l’a aidée, elle se prend à rêver. La fulgurance de cet amour étonne. Dira-t-on que c’est l’adolescence, période où tous les sentiments sont exacerbés ? Mouiiii… On pourra au moins dire qu’une fois son amour trouvé, Mito se transformera, pour le meilleur.
Le droit d’être heureuse
Cet amour pour Kunimatsu pousse Mito à changer. Aurait-elle pris cette décision si elle ne l’avait pas aimé ? Si elle l’avait aimé comme ami ? J’ose espérer que oui. Car Kunimatsu, avec sa patience et sa bienveillance, a parfois des allures de coachs discrets. Il sait trouver les mots pour encourager. Manga romantique oblige, il fallait une romance. Soit. Mais un amour amical aurait été un pari très intéressant à relever.
Allons pour l’amour, allons ! Propulsée par cet amour, donc, Mito prend une grande décision : elle veut changer physiquement. « Se faire belle ». On y reviendra. Mito change, et tout le monde constate le changement, à commencer par ses parents. Elle essuie des échecs qui la font grandir encore plus. Elle gagne aussi de belles batailles, qui la font avancer encore plus loin. Portée par son amour, elle comprend qu’elle aussi a le droit d’être heureuse. Elle réalise que les autres n’ont pas le droit de l’insulter, de la harceler, de lui dire qui elle est. Sa vie n’appartient pas à ses bourreaux. Mito met des noms sur les situations qu’elle subissait en silence, et refuse de subir davantage. On ne se moquera plus d’elle.
Kunimatsu l’aide dans son avancée, sans même s’en rendre compte. Se doute-t-il qu’elle est amoureuse de lui ? Peut-être pas, peut-être que oui… Kunimatsu est aussi un grand maladroit. S’il est très observateur et sait encourager les autres, il semble moins perspicace quand il s’agit de lui.
Leçon d’humilité avec Kunimatsu
Je vous le disais avec Hajime, le héros du Petit monde de Machida : les véritables héros sont les gentils. D’ailleurs, Kunimatsu a beaucoup de points communs avec Machida. Comme lui, il respire la gentillesse. Il est observateur, humble, sympathique, empathique… et assez maladroit. Il ne se met pas en avant, ose affirmer ses positions, défend ses camarades.
Kunimatsu tombe-t-il dans le trou sans fin du « prince parfait » ? C’est le procès qu’on lui fait parfois. Certains le trouvent froid, distant, trop gentil, trop poli, trop parfait. Attention. À force de ne voir et de ne lire que des histoires peuplées de pervers, manipulateurs et de cyniques et de méchants, on en vient à soupçonner toute personne naturellement gentille. Qu’est-ce que ça veut dire, d’ailleurs, être « trop gentil » ? Oui, il existe sur la terre des personnes altruistes, sympathiques, débonnaires, qui vous aideront sans vous truander par-derrière.
La force tranquille des gentils
Kunimatsu n’a rien à voir avec la caricature du prince qui, toujours, vole au secours de sa princesse pataude et dormeuse. Comme je le disais, Kunimatsu est plutôt de la même trempe qu’un Machida. Il observe, encourage, soutient, motive… tout en gardant la bonne distance pour ne pas étouffer l’autre, ne pas tomber dans l’orgueil « c’est grâce à moi que tu t’es faite ! ». Ce garçon est vraiment humble ; son personnage apporte beaucoup au manga. C’est rafraichissant de voir des héros comme lui. Dans les romances, on tombe encore trop souvent sur l’insupportable héros, égocentrique et orgueilleux, mais qui cache un prétendu joli cœur meurtri que viendra soigner l’héroïne… A côté, les gars sûrs comme Kunimatsu restent dans le placard. On les trouve sans relief alors qu’ils sont pleins de richesses.
Go ahead, Princess !
Quelle tournure prend Ugly Princess ? Kunimatsu va-t-il partager l’amour de Mito ? Tout semble croire que oui… Enfin, pour Mito, peut-être ? Kunimatsu se montre si compréhensif avec elle… Et en même temps, on sent que la jeune fille a beaucoup mûri depuis que Kunimatsu est devenu son ami. Elle veut lui avouer ses sentiments, non pas pour obtenir un retour forcément positif de sa part, mais plutôt pour faire un pas de plus. Pour fermer un chapitre de sa vie et en ouvrir un autre.
C’est la fin du collège, le jour de la remise des diplômes… Mito pensait subir de terribles années au collège. C’est ainsi qu’elle avait subi toute sa scolarité, entre moqueries et humiliations. Malgré le soutien de ses parents, malgré l’affection de ses meilleures amies, la douleur restait grande pour notre adolescente. Sa rencontre avec Kunimatsu a tout changé. Ou plutôt, Mito a réalisé qu’elle pouvait changer, qu’elle en avait le droit, et les moyens. C’est aussi tout cela qu’elle veut lui transmettre à travers sa déclaration d’amour. Bien plus qu’un simple « on sort ensemble ? », Mito veut exprimer à Kunimatsu toute sa reconnaissance. Kunimatsu lui a montré qu’une autre voie était possible, et que personne n’avait le droit de lui interdire de la prendre. Il lui a montré ses qualités et l’a appréciée telle qu’elle était.
Nouveau départ
Ce jour de la remise des diplômes, donc, Mito déclare son amour à Kunimatsu. L’adolescent, visiblement touché, réagit de manière très humble, et très noble. Avec la générosité et la franchise qu’on lui connaît, il accueille les sentiments de la jeune fille, mais ne peut y répondre. Il confirme que oui, Mito est une personne magnifique, mais qu’il ne l’aime pas comme elle l’aime. Cette séquence est bouleversante de simplicité. C’était vraiment cela qu’il fallait. Kunimatsu montre toute sa maturité et son empathie. Mito semblait se douter de sa réponse. Elle aussi réagit avec beaucoup de noblesse.
Ainsi se termine le premier arc d’Ugly Princess. Car oui, le manga se divise en 2 parties. La première se déroule au collège, la seconde a lieu au lycée. Mito et ses amis se séparent. Chacun entre dans un lycée différent. Pour Mito, c’est un nouveau départ.
New Princess
Revoici donc Mito, version lycée. Elle maîtrise désormais tous ses tuto maquillage et relooking, et les a bien appliqués. Elle veut recommencer à zéro dans cet établissement où personne ne la connaît, et surtout, faire bonne impression. Objectifs : se faire des potes et trouver l’amour, pourquoi pas ? Cette seconde partie du récit, qui commence avec le tome 5, marque une rupture. Rupture, parce que Mito a quitté le collège pour le lycée. Rupture, car elle n’est plus avec Haru, Maru et Kunimatsu. Chacun poursuit sa voie de son côté. Mais cette seconde partie est aussi une continuité. Mito met en pratique ce qu’elle a appris au collège.
Et elle en aura bien besoin. Car les bouleversements commencent dès la grille du lycée. Mito tombe sur les trois beaux gosses de son jeu de drague Princess paradise : Seiya, son préféré, Shinbe, et Rei. La réalité a-t-elle fui dans le jeu vidéo ? C’est plutôt l’inverse. Ces garçons sont bien réels, et à des années-lumière de leur version anime. C’est la « touche fun » du manga, diversement appréciée par les lectrices et les lecteurs. Certains l’ont trouvée vraiment drôle. D’autres ont regretté des digressions trop grandes.
Pour ma part, j’aurais bien aimé que Haru, Maru et Kunimatsu continuent d’apparaître dans cette seconde partie. Car la venue de ces nouveaux personnages marque leur quasi-disparition. Ils avaient pourtant encore beaucoup à dire !
EDOGAWA Shinbe
EDOGAWA Shinbe est le portrait craché du samouraï Shinbe. C’est le professeur principal de Mito, mais la pédagogie et lui, ça fait 36. Le jeune enseignant de 24 ne comprend rien des adolescents. Il ne comprend pas non plus les femmes, qui, selon lui, ne cessent de railler sa grande taille. Les humains l’effraient, surtout les femmes, et il préfère garder ses distances. Il souffre d’être encore vierge, et les moqueries de Kanata ne l’aident pas à se sentir mieux.
Les réactions stupéfaites de Mito et de KOMARI Hanasaki, sa nouvelle amie, le désespèrent. « A son âge ! » : c’est souvent la réaction qu’on a, comme s’il y avait un âge à partir duquel la situation devenait source de raillerie. Heureusement, les deux adolescentes se ressaisissent vite, et Mito encourage même son professeur. On se demande tout de même comment ils en sont venus à évoquer ce sujet délicat… Le coupable est tout désigné : KANATA Morizono.
KANATA Morizono
Celui que Mito prend pour « son Seiya », s’appelle KANATA Morizono, camarade de classe qui, très vite, s’amuse à la titiller. S’il pratique les câlinades, c’est plutôt sans délicatesse ni sentiments. Prédateur orgueilleux et grossier, il n’a aucun respect envers ses petites amies, et encore moins envers lui. Il injurie, menace et se moque de tout le monde. Apparemment, ce bellâtre a eu beaucoup de succès parmi les lectrices et lecteurs. Certains l’ont trouvé « plus humain » que Kunimatsu parce qu’il avait « des failles » visibles. C’est oublier que Kunimatsu aussi a des « failles visibles ». Il suffit de le laisser seul quelques minutes dans un endroit inconnu ou de le planter devant un poteau. Le gentil rêveur a de grandes chances de s’y cogner.
Trop de mangas romantiques nous servent ce portrait catastrophique du bellâtre insupportable qui cache de profondes blessures et une grande sympathie. À force de ne voir que ces délinquants au cœur brisé, on crée de terribles biais faisant passer ces malotrus pour des innocents. Les véritables gentils, eux, sont relégués dans le blizzard des gens froids et distants.
Le prince dévergondé
KANATA Morizono sort et couche avec n’importe qui, pour peu que ses règles soient respectées : pas d’attachement, pas plus de deux rendez-vous, et pas de baiser sur la bouche. A priori, il mène la danse. Mais il s’offre aussi comme une marchandise à bas prix. Cet impudique s’envoie en l’air dans l’enceinte même de l’établissement scolaire !! (mais où sommes-nous !!). Ce pervers vulgaire, irrespectueux, agressif, méchant, et égoïste iramême jusqu’à empoigner Mito en la menaçant. Je le cite : « Et si tu continues comme ça à foutre ton nez dans ma vie, je te jure que je te foutrai en l’air. » C’est quelle menace, ça ? Il veut la tabasser ??? La violer ???
Vous allez dire « oh les grands mots » ! Mais cette scène est très dérangeante. « Les hommes sont forts » conclura Mito. Ce n’est pas de la force, ça. C’est de l’imbécilité mise en action. L’héroïne y verra vite une fuite en avant, et dira percevoir dans les yeux de Kanata, une détresse alarmante. Allons donc…
On devine assez la suite, hélas, et elle tombe dans les poncifs. Le manga nous ressort le coup de « la fille spéciale ». Le superficiel et agressif Morizono remarque Mito, car elle lui tient tête. Mito parvient à déceler sa détresse. Tout comme Kunimatsu l’a aidée, elle veut aider Morizono. Et les sentiments finissent par éclore…
On peut voir ici un autre basculement. La relation entre Mito et Kunimatsu changeait de ce qu’on voit souvent dans les shôjo mangas romantiques. Celle entre Mito et Morizono tombe dans les clichés du genre. Certes, ils sont sympathiques, mais on a un peu perdu du charme du premier arc.
SAOTOME Rei-Ichi
Le sosie de Rei, autre personnage du jeu de drague Princess Paradise, s’appelle SAOTOME Rei-Ichi. Avec KOMARI, c’est un autre camarade de classe de Mito. Les 3 lycéens deviennent très vite amis. Mito a vécu des années difficiles, harcelée par d’autres élèves à cause de son physique. Rei-Ichi est homosexuel, et compte bien commencer une nouvelle vie dans ce lycée, où personne ne le connaît. Rei-Ichi est très prévenant, empathique et compréhensif. Il apprécie très vite Mito et la soutient.
KOMARI Hanasaki
KOMARI Hanasaki est la dernière « nouvelle héroïne » de cette seconde partie. Elle n’a aucun sosie dans le jeu Princess Paradise. Hana, Reichi et Mito sympathisent très vite. Hana complexe à cause de sa grande taille. Qualité chez les garçons, la grandeur semble ne pas convenir aux filles. Enfin, ça, c’est le raisonnement de Hana, surtout depuis qu’elle s’est pris un râteau. Raison invoquée par le garçon : Hana est trop grande. Au contact de ses nouveaux amis, l’adolescente va gagner en confiance.
« Se faire belle »
Dans la première partie du manga, Mito se documente auprès des grandes spécialistes de la presse adolescente, observe ses camarades jolies et maquillées, jolies, car maquillées, ou pas… Cette partie est très innocente, touchante, et souvent drôle… Encore une fois, on se dit que oui, c’est la jeunesse. Il faut toujours garder ça à l’esprit pour comprendre pourquoi Mito tâtonne ainsi. Beaucoup d’autres jeunes (et pas que les jeunes) peuvent penser ainsi, pour attirer le regard de l’autre : essayer d’améliorer sa garde-robe, d’avoir un meilleur teint, d’opter pour une coupe de cheveux qui met plus en valeur…
Bien sûr, on pourra regretter ce virage. « Encore ça ». Toujours ce discours de « se faire belle ». Toujours cette façon de « se faire belle » ou « se faire beau ». Faut-il toujours passer par un relooking extérieur, une coupe de cheveux, des barrettes et des faux cils ? Non, bien sûr. Mais on entend ces injonctions à longueur de journée sur tous les continents. Il ne s’agit pas non plus d’opposer les personnes qui se maquillent et celles qui ne se maquillent pas. L’important est de le faire pour les bonnes raisons. Il faut en avoir envie, et ne pas le faire pour obéir à une mode ou se transformer selon les désirs de l’autre.
Toutes les beautés de l’univers
« Se faire belle » « se faire beau » veut-il dire qu’il faut être physiquement belle/beau pour sortir avec quelqu’un ? Il faudrait déjà s’entendre sur les définitions de la beauté et de la laideur, et surtout, sortir des injonctions d’un monde qui enferme la beauté dans quelques critères uniquement partagés par les filtres, les algorithmes et les applis de retouche photo.
Et la beauté intérieure, alors ? A ne parler que de coiffure, de courbure de cils et d’épilation, le manga ne passerait-il pas à côté du principal ? Au contraire, AIDA Natsumi adopte volontairement une position tranchée. On le voit dès le départ, avec le design de l’héroïne, Mito. Oui, elle n’est pas jolie. Oui, elle va essayer de se rendre jolie ; d’abord l’extérieur, oui, et c’est en travaillant l’extérieur que l’intérieur change aussi.
C’est très bien, de plaider pour l’amour intérieur. Mais le discours semble parfois hypocrite. Que voit-on lorsqu’on rencontre quelqu’un ? D’abord son physique. Certes, il peut dégager une foule d’autres sentiments et sensations (douceur, bienveillance, agressivité, mystère…), mais c’est bien un physique que l’on voit en premier. C’est ce que pense Mito, qui, alors qu’elle manifeste le désir de changer, commence par analyser les faits. Oui, il existe des filles plus jolies qu’elles. Et alors ? Cela ne lui enlève pas le droit de se trouver des qualités, des traits physiques qu’elle apprécie chez elle.
Tout commence à l’intérieur
Faudrait-il alors conclure que tout commence par l’apparence ? Non, au fond, je pense que ça commence toujours par l’intérieur : c’est d’abord le souhait de changer qui se manifeste. C’est ça, le moteur. Mito a puisé en elle et en ses proches ; les mots de Kunimatsu, son amour pour lui, le soutien discret de ses amis, la bienveillance de ses parents… cette force intérieure lui a donné le courage d’être elle.
D’ailleurs, il semblerait bien que KANATA Morizono soit aussi intervenu en faveur de Mito. Certes, avec l’agressivité qu’on lui connaît. Au début du manga, il trouve Mito en pleine détresse. Loin de l’émouvoir, les larmes de la jeune fille provoquent sa plus grande exaspération. Je le cite : « Un laideron qui tire une tronche abattue, c’est encore plus moche que d’ordinaire. » Voilà pour les présentations. A l’époque, Mito croit voir Seiya, le héros de Princess paradise. Mais il s’agit en fait de sa première rencontre avec Morizono. Le garçon aura d’autres mots bien sévères pour la jeune fille. Elle n’en retiendra que le fond du fond : un encouragement à changer radicalement. Heureusement, Mito s’en sort bien. D’autres auraient pu sombrer encore plus à cause des horreurs lâchées par Morizono.
Message à toutes les amatrices et tous les amateurs de l’encouragement agressif. Oubliez. Les deux termes ne s’aiment pas. Encourager, ça s’apprend. Devoir tirer des encouragements coincés entre des railleries et des insultes, ça ne va pas.
J’aurais aimé…
J’aurais bien aimé que Haru, Maru et Kunimatsu restent pour la seconde partie du manga. Le plus simple aurait été que tous soient ensemble pour le lycée. C’est mon côté famille. Pourquoi s’éloigner quand on peut rester ensemble ?
Je comprends bien que cet éloignement est une façon visible de marquer le changement de Mito. Comme si ces amis du collège représentaient un passé duquel il fallait se détacher… Dommage. On aurait pu développer de belles histoires. Maru, par exemple, est un personnage sous-exploité. Même constat pour Haru, la seule du trio à avoir un petit-ami dès le début du manga, mais pourtant acceptée par Maru et Mito (paradoxalement plutôt dures avec d’autres filles ayant un petit-ami…).
Bye bye Princess Paradise !
Très présents dans la première partie du manga, ils disparaissent vite dans la seconde partie. Traumatisée par Morizono, Mito perd le goût de jouer et abandonne sa console, une DS ! A la fin de la série, Mito rallume sa DS pour montrer son Seiya à Morizono. Ils veulent remercier le personnage pour son soutien constant. Mais le jeu refuse étrangement de se lancer… Un mystère que Mito expliquera de façon très poétique : Seiya, le gentil robot, a rempli son rôle. Il s’est discrètement effacé pour laisser sa princesse poursuivre sa vie…
Mouef. Si Morizono voulait voir Seiya, il suffisait de faire une recherche sur le net, ou d’emprunter la console de Maru ou de Haru. Donc non pour cette poésie bizarre. D’ailleurs, Mito a complètement perdu son côté geek. J’aurais bien aimé qu’elle le garde; et qu’elle garde aussi son humour décalé.
Le manga, comme beaucoup d’autres histoires romantiques, se termine sur le couple qui vient de sortir ensemble. On nous présente souvent cela comme une fin, alors que ce n’est que le début. Continuer l’histoire avec Kunimatsu aurait amené beaucoup de riches développements. On se consolera en disant que le Morizono de la fin n’a plus rien à voir avec le rustre du début. Débarrassé de ses angoisses, il laisse parler son joli cœur.
Mais quand même
Le problème, c’est qu’on croule sous les shôjo mangas romantiques qui nous servent la soupe du méchant mystérieux, du mégalo agressif, du pervers cynique, mais toujours au fond du fond bat un petit cœur sensible et froid qui ne demande qu’une héroïne assez naïve pour courir le réchauffer. Mais Morizono ne sombre pas aussi bas, je vous l’accorde.
Finalement, j’aurais bien aimé un petit Mito/Kunimatsu.
A part ça, Ugly Princess reste un manga sympathique. Il parle à tous, et apprend la résilience. Suivre l’évolution de Mito est très encourageant. Cette jeune fille est volontaire, résiliente, empathique, sympathique, courageuse, et tellement mignonne ! On l’encourage et on suit sa progression en espérant qu’elle soit heureuse. Oui, le bonheur existe, et il est pour tout le monde.
Le manga réserve aussi des parties très ludiques et pratiques, notamment quand Mito suit ses tutos beauté. Mention spéciale pour les discussions de la mangaka, AIDA Natsumi. Elle a justement créé son manga pour donner de l’espoir à toutes celles et ceux confrontés aux tourments de l’adolescence. Mais le manga peut bien sûr parler à d’autres catégories d’âge.
Beautiful Princess
Arrivée au lycée, Mito n’a plus les craintes qu’elle avait au collège. Des complexes subsistent, bien sûr, mais elle les affronte, et surtout, ne se laisse plus marcher sur les pieds. Elle continue néanmoins de faire des erreurs, comme cette fois où, dans son désir de plaire aux garçons, elle court tester son pouvoir de séduction. Mais qu’est-ce que ça veut dire « plaire aux garçons » ? Ne cherche-t-on pas plutôt à plaire à une personne en particulier ? Mais n’est-il pas permis de gagner en confiance en recevant des compliments, en se faisant inviter à sortir ? L’héroïne du manga Telle que tu es se posera les mêmes questions.
Mito réalisera vite qu’elle n’a pas besoin de la validation des autres. Là encore, elle trouvera Morizono sur sa route… Décidément bien présent, ce garçon rebelle devient spécial dans le cœur de la jeune fille. Les adolescents commencent un nouveau chapitre de leur vie, entourés de leurs amis.
« Deux pas en avant, un pas en arrière, c’est aussi avancer. »
Les infos en plus
Crédit image : KENGAI PRINCESS © 2014 AIDA Natsumi/SHUEISHA Inc.
Retrouvez Ugly Princess chez Akata.
Générique du podcast : Hands of the wind, de Manuel DELSOL


