Précédemment dans The Blue Flowers and the Ceramic Forest
Pour rappel, The Blue Flower and the Ceramic Forest, c’est l’histoire de Aoko, passionnée de peinture sur porcelaine, et de Tatsuki, lui aussi passionné de céramiques… mais sans couleurs. Tatsuki a quitté la Finlande pour rejoindre l’atelier dans lequel travaille Aoko, à Hasami. Entre les deux artistes aux pensées pleines de céramique, pas de rivalité, mais une douce complicité. Chacun, à sa manière, veut aller de l’avant.
Les deux trentenaires ont un profond respect l’un pour l’autre. Leurs pensées s’accordent presque instantanément et leur créativité bluffe leurs collègues. Des collègues tout aussi passionnés pour la céramique.
Esprit famille
Cette valeur du travail passionné, minutieux, fait en équipe, KODAMA Yuki, la mangaka, le montre dès le premier tome. L’amour que Aoko, Tatsuki et les autres artisans cultivent pour la poterie est palpable. On les voit tous les jours aller au travail, bûcher sur leurs fabrications, bouillonner de joie ou d’impatience devant de nouvelles créations ou un nouveau projet, être gagnés par le stress quand l’inspiration ne vient pas, se frotter aux contraintes du marché économique, avoir des baisses de régime… Le métier passion n’empêche pas les baisses de moral. Mais les collègues peuvent compter les uns sur les autres pour reprendre pied.
Le manga nous présente une famille soudée. Un monde du travail tel qu’il devrait être, et, je le crois, tel qu’il est, je l’espère, dans de nombreuses structures… Il est vrai que ce modèle, où tout le monde se connaît, où la patronne, le patron est accessible, semble plus facile à construire dans une entreprise à taille humaine. Dans les grosses sociétés, on ne connaît parfois pas les collègues qui bossent dans le service d’à côté. Il est néanmoins toujours possible de faire vivre cet « esprit famille », y compris dans une grande entreprise.
Entre Elle et Lui
Dans le tome 3, on rencontrait Kumahei, l’homme du passé, l’ex. Alors que Tatsuki commençait peu à peu à s’ouvrir… est-ce le bon mot ? Je pense qu’il n’est pas question de « s’ouvrir » comme si Tatsuki était renfermé et qu’enfin il s’ouvrait au monde extérieur. L’artisan est comme n’importe quel nouveau salarié qui arrive dans une entreprise. Au début, il est dans l’observation. C’est qu’il n’est là que pour un temps. Se faire des amis n’est pas son objectif. Il vient plutôt se refaire la main professionnellement pour mieux rebondir. Un objectif commun à de nombreux autres travailleurs. Si l’amitié vient, il ne dit pas non, contrairement à ce qu’on pourrait penser. Sa réserve du début du manga n’est pas de la froideur, un manque d’intérêt pour les autres.
C’est tout le contraire. Tatsuki est passionné et s’intéresse beaucoup au travail des autres, notamment à celui d’Aoko. Il n’hésite pas à se remettre en question, à interroger sa propre manière de produire. En constant apprentissage, il s’émerveille devant les belles créations. Tatsuki dévoile ses sentiments par touches, très simplement, à mesure qu’il prend ses marques dans l’atelier. Comme un salarié peut se montrer plus détendu à mesure qu’il vit dans l’entreprise. Car oui, l’entreprise est bien un lieu de vie.
Mais Tatsuki se livre surtout à Aoko.
Pensées passées, ombre sur demain
Le tome 4 a présenté une invitation à une journée « travail en extérieur ». Du moins, c’est ce que pensait Aoko. Et ça l’arrange. Elle préfère parler travail ou porcelaine… ce qui revient au même. Tatsuki aussi. Concernant la porcelaine, on peut parler d’une révolution : jusqu’alors intraitable sur son amour pour le monochrome, l’homme se découvre un amour naissant à la peinture… Aoko rayonne de joie. Entre eux est née une belle complicité, non seulement autour du travail, mais dans la vie. Ils s’apprécient, tout simplement.
Mais Aoko voudra-t-elle aller plus loin ? Son ex Kumahei a fait son grand retour a Hasami. A-t-il également fait son retour quelque part, en embuscade dans les pensées ? Sa rupture a été douloureuse. Aoko refuse de retomber amoureuse. La réponse est la, dans ce refus. Mais refouler ces pensées lui permettra-t-elle d’aller de l’avant ?
Bataille dans les pensées
Difficile de se reconstruire, surtout lorsque l’autre est parti sans signe avant-coureur. Vous vous aimiez et il/elle ne vous aime plus, aime la vie sans vous ou loin de vous, et fuit au lieu de vous parler. Vous souffrez et c’est tant pis pour vous. Et puis un jour, l’ex revient et veut reprendre son nom « petit copain ; petite copine ». L’histoire brusquement arrêtée par lui/elle doit reprendre. Que sont 3, 10 ou 20 ans de séparation devant la puissance de l’amour ?
Que faire de ces souvenirs douloureux ? Aoko pourrait-elle revenir avec Kumahei ? Heureusement, elle a fait son choix depuis longtemps.
Mais ce choix l’a coincée dans le passé. Kumahei a gâté sa définition de l’amour. Tous les hommes ne sont pas Kumahei, mais Aoko craint d’être encore trahie. Elle a peur. C’est humain. Il faut laisser le temps réparer les plaies, et en même temps, combattre dans les pensées. Car la vraie bataille commence là. C’est dans ses pensées que Aoko se convainc de ne pas retomber amoureuse. C’est dans ses pensées qu’elle anticipe un futur échec si elle se remet en couple. Or, ces pensées sont contaminées par sa rupture douloureuse avec Kumahei, par la trahison de ce dernier. Ce sont ces mauvaises pensées qu’il faudrait refuser pour aller cueillir le futur, l’avenir, les nouveaux projets.
S’interdire d’aimer n’est pas une façon de se guérir et d’aller de l’avant. C’est même le contraire. En restant dans cette situation, Aoko reste dans son passé douloureux. Au lieu de se tourner vers l’avenir, elle regarde le passé. Mais la peur brouille sa vision et contamine un futur qu’elle ne connaît pas, bien sûr. La peur veut faire croire à Aoko que se remettre en couple n’est pas une bonne idée, qu’elle sera de nouveau trahie, poignardée, blessée.
Guérir de ses pensées négatives
Effectivement, le passé est constamment devant nos yeux. Le futur, personne ne le connaît. Il est tout à fait normal d’analyser les situations qu’on ne connaît pas à la lumière de ce qu’on a connu. Mais tout en nuançant notre propre analyse, en nous rappelant que nos connaissances sont partielles, influencées par nos pensées fluctuantes, influençables… C’est un combat de chaque instant que de lutter contre ces souvenirs douloureux qui veulent impacter négativement un futur qui n’est, par définition, pas écrit.
Qui a dit qu’une rupture en amènera une autre ? Qu’une mauvaise rencontre en entraînera d’autres ? Qu’un échec débouchera automatiquement sur un nouvel échec ? Cette loi des séries n’existe pas. Mais la peur veut nous faire croire que oui. Certes, il arrive qu’on vive plusieurs fois un même type de mauvaise situation, presque comme un cycle.
Les ruminations veulent nous faire croire que l’histoire est écrite à l’avance. Mais en combattant les mauvaises négatives, en se faisant aider bien sûr au besoin, en parlant pour sortir de la boucle, on brise ces chaînes intérieures. Grâce à Tatsuki, Aoko se libère totalement. Elle avait déjà fait une grande partie du travail. Elle n’imaginait pas qu’il restait ce lien douloureux avec Kumahei. C’était justement ce lien qu’il fallait couper pour avancer. Pourquoi garder des cailloux dans le cœur ? Elle oubliera Kumahei. Il l’oubliera aussi.Aoko commence à voir mieux. Elle voyait déjà très bien avant. Mais maintenant, elle voit encore mieux. Elle voit plus clair. Elle peut aimer. Le futur n’est pas écrit.
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Retrouvez The Blue Flowers and the ceramic forest chez MANGETSU
Générique du podcast : Hands of the wind, de Manuel DELSOL


