« Réfléchir sur soi-même est un processus douloureux. »

Précédemment dans Ocean Rush

Peut-on poursuivre son rêve même si le navire chavire ? C’est avec cette question que nous avions laissé Kai et Umiko. Les parents, les rêves et l’enfant. Dans le tome 4, on a rencontré les parents de Kai, le père surtout, qui n’a aucun respect pour le choix de carrière de son fils. Il parle de « pitreries » et le presse d’arrêter.

Mais Kai n’a pas envie d’arrêter. Il ne veut même pas être compris par ses parents, ou peut-être un peu, mais non, vraiment, s’ils ne comprennent pas sa passion, il comprendra lui. Il comprendra pour deux, pour trois. Pourvu qu’on le laisse naviguer. Plonger tout entier dans l’eau. Se perdre dans la mer. Naviguer avec le cœur, guidé par sa passion.

Et Umiko ?

On est plus toutes jeunes !, la fin du respect

Umiko se remet doucement. « On est plus toutes jeunes, hein », lui fait-on remarquer à l’hôpital. « On est plus toutes jeunes ! » lit-elle sur les visages de ses voisines, étonnées qu’elle ait repris ses études. Le cinéma, pensez-vous ! Ça s’apprend à l’école, cette chose-là ? « On est plus toutes jeunes ! » Que fera Umiko avec son diplôme ? Réalisatrice ? A son âge ? « On est plus toutes jeunes ! »

Ces paroles frappent sur le cœur d’Umiko. Et si les racontars avaient une part de vérité ? Plus qu’une part, disons-le : Umiko n’est plus toute jeune, voilà. Il n’est pas question de respect, mais de faits. Elle fait des malaises, peine à suivre le rythme des étudiants. Elle ne peut pas marcher aussi vite, rester debout, tenir le trépied, la caméra, supporter les longues réunions, les débats sans fin pour une coupe de 5 secondes, un cadrage à refaire… voilà cette petite voix mauvaise qui souffle des horreurs dans le cœur d’Umiko.

Et s’il était tant d’arrêter ? De mettre pied à terre ? Umiko pourrait se satisfaire d’en être arrivé là où elle en est : reprendre ses études à son âge, c’est quelque chose. Côtoyer des jeunes, se faire une place dans le rythme de la vie d’étudiant, ce n’est pas rien. Umiko ne sera pas devenue réalisatrice, mais elle aura fait des films, du moins, des projets. Elle aura tenu une caméra. N’était-ce pas ce qu’elle voulait ? Pas vraiment, non. Mais elle n’est plus toute jeune. Il y a un temps pour tout. Même pour s’arrêter.

Passion en panne

Manga coup de cœur ! Chaque tome d’Ocean Rush réussit à émouvoir, à interroger, à lever le voile sur ces choses que l’on vit sans pouvoir toujours mettre des mots dessus. John Tarachine nous offre un manga bienveillant, doux, sensible, qui peut parler à tout le monde. L’improbable duo Umiko/Kai est un véritable ravissement. Umiko est la première à s’en étonner. Les personnes extérieures doivent les prendre pour une grand-mère et son petit-fils. Mais qui est Kai pour elle ? Qui est Umiko pour Kai ?

Ils ne mettent pas de mots sur leur touchante relation, et se contentent de s’encourager l’un l’autre. Ils forment un beau duo. Kai respecte profondément Umiko et ne la trouve pas trop âgée pour réaliser son rêve. Umiko respecte aussi Kai, et ne le trouve pas trop lunaire, trop rêveur. C’est ce respect qui transparait dans tout le manga. Le respect de l’autre, de ses rêves, de ses projets…

Ce respect, on le trouve aussi chez les autres étudiants. Ils apprécient sincèrement Umiko. L’étonnement des premiers jours a fait place un intérêt sincère pour les projets de l’héroïne. Ils ne la prennent pas pour une vieille dame en quête d’adrénaline, mais pour une vraie professionnelle. Vieille dame, oui, Umiko est la première à le dire. Grand-mère, elle l’est aussi, et cela la réjouit. Et professionnelle. Umiko est une professionnelle.

Une professionnelle en panne d’inspiration.

Un peu de respect

Coup d’arrêt, moteur coupé. Que faire lorsqu’un coup dur empêche d’avancer ? Pour Umiko, c’est ce malaise qui a fait raviver les interrogations, les doutes, les autoflagellations. Umiko se sent prise dans une tempête et n’arrive plus à retrouver son chemin. Il serait peut-être tant d’arrêter, de poser pied dans un endroit familier : sa vie seule à la maison, avant le cinéma.

D’autres coups durs peuvent raviver les peurs, nous faire tomber dans un tourbillon, une tempête. C’est peut-être échec à un examen, au permis de conduire, une perte d’emploi, une rupture sentimentale ou amicale, un conflit familial, une brouille avec un.e collègue, avec un.e supérieur.e hiérarchique. Le coup dur peut également être une stagnation. On n’avance pas dans ses études, dans son travail. On a l’impression de tourner en rond alors que les autres avancent, ou de reculer alors qu’ils avancent. Umiko a un peu cette sensation. Elle la met sur le compte de son âge. Encore, l’âge, toujours l’âge ! Les autres sont jeunes et avancent vers leur avenir. Elle est vieille et n’a plus qu’à attendre.

Attendre quoi ?

Serait-ce donc la définition de la vieillesse ? Non, bien sûr que non. Vieillir, c’est vivre. Tant qu’il y a de la vie, il y a des choses à apprendre, à découvrir sur soi et les autres, il y a des remises en question à faire, pour avancer. On avance toujours, même à petits pas. Deux pas en avant, un pas en arrière, c’est toujours avancer.

Mais que faire lorsqu’on n’avance plus ? Quand le bateau s’arrête ? Si le bateau prend l’eau ? Que faire lorsqu’on ne se respecte plus, lorsqu’on a l’impression d’être un « vieux machin » pour reprendre les mots d’Umiko.

Passion retrouvée

Certes, Umiko est bien entourée. Mais ce ne sont pas vraiment ses proches qui l’ont poussée vers l’océan. Bien sûr, leur présence est rassurante. Ils arrivent même, au détour de conversations de tous les jours, à faire naître en Umiko des réflexions nouvelles. Elle est cependant parvenue à retrouver l’océan en se confrontant à ce qui la faisait souffrir. Ce n’est pas un exercice facile. Il faut aller creuser là où l’on a enterré des cailloux et des casseroles.

« Réfléchir sur soi-même est un processus douloureux. »

Umiko.

Elle sort son carnet. Réfléchit, écrit, pense, rédige, rature, recommence, plonge encore plus profond, se souvient. Processus douloureux, oui, mais il faut creuser ou plonger encore, écrire et produire enfin.

Le film.

Umiko a plongé en elle-même pour retrouver l’inspiration, la motivation, sa passion, son objectif.

Devenir réalisatrice.

Passionnément

On pense parfois qu’il y aura un déclic, quelque chose qui soudain nous fera gagner la surface, le rivage. Mais ce n’est pas automatique. Parfois, le retour à la surface est long. Le chemin est douloureux. C’est d’ailleurs dans ce parcours douloureux qu’on retrouve la motivation, le respect de soi, la guérison du cœur.

Cependant, bien souvent, on ne le voit pas, car on est plongé tout entier dans l’eau, en train de lutter pour résister à la tempête. C’est après être parvenu à tenir debout qu’en regardant en arrière, on réalise qu’on est sorti de la tempête. C’est le calme sur le rivage. On sera plus fort lorsque viendront de nouveaux tourbillons.

Voici Umiko partie pour un nouveau montage, et de nouvelles aventures… Combien d’heures de route pourriez-vous faire pour voir un film ? Umiko ne se pose pas la question. Elle fonce, avec Kai, son camarade et allié. Autour d’eux, le son des vagues.

Les infos en plus

Retrouvez Ocean Rush chez Akata

Générique du podcast : Hands of the wind, de Manuel DELSOL

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