HOSHINO Ai est la nouvelle idol à succès. Au Japon, les idols sont des stars de l’entertainment : danse, chant, elles/ils ont de multiples compétences et sont censé.e.s être totalement dévoué.e.s à leurs fans. Les idols commencent leur carrière très jeune. Ai est encore adolescente. Son charisme marque les esprits ; elle gagne de plus en plus de fans. Parmi eux, Sarina, 14 ans, hospitalisée dans un hôpital perdu dans la campagne. La fan parvient à transmettre sa passion à AMEMIYA Gorô, obstétricien de 27 ans. Le médecin, jusqu’alors à des années-lumière du monde des idols, commence à s’intéresser à la jeune chanteuse… Au début, il le fait davantage pour amuser Sarina, qui ne reçoit jamais de visites… Mais peu à peu, Gorô commence à vraiment apprécier l’idol.
Une rencontre serait-elle possible ? Sarina en rêve. Gorô sait que le rêve est impossible. La patiente ne peut quitter l’hôpital, et il serait plus qu’improbable de voir Ai débarquer sur un brancard… Mais le rêve de Sarina se réalise. Quoique. Ce rêve est très loin de ce qu’imaginaient les deux héros. Ils se retrouveront bien malgré eux plongés dans le monde sans pitié du show-business.
Oshi no ko, les origines
Oshi no ko (推しの子) est un manga réalisé par la dessinatrice YOKOYARI Mengo et le scénariste AKASAKA Aka. Le manga, fini en 16 tomes, est sorti au Japon en 2018, pré-publié dans le Young Jump, magazine de la Shûeisha. En France, le manga est publié depuis 2022 chez Kurokawa. 13 tomes sont sortis.
Un anime sort en 2023, réalisé par le studio Doga Kobo. La première saison compte 11 épisodes, avec un premier épisode long comme un film. La deuxième saison en compte 13. Une 3e saison a été annoncée pour 2026. L’anime Oshi no ko est à regarder sur Netflix et ADN.
Très loin des paillettes
Ce qui fait la grande force d’Oshi no ko, c’est cette présentation du côté off de l’univers du showbiz, très loin des paillettes. On sent certains thèmes également évoqués dans Lookism. L’apparence, le poids du regard de l’autre, les dérives de la société de consommation, etc. Car les idols sont des biens de consommation comme les autres, dans Oshi no ko. Leur monnaie d’échange, c’est l’amour.
L’amour ici se décline de plusieurs manières. Il y a tout d’abord l’amour sincère de la jeune Sarina, qui, grâce à Ai, s’accroche à la vie. Il y a l’amour tout aussi sincère de nombreux fans anonymes, qui, dans la fiction comme dans la réalité, apprécie tel.le ou tel.le idol. Et puis il y a les autres, qui disent aimer, mais ne font qu’exercer une emprise néfaste sur des personnes qu’ils croient connaître.
Au fond, ils n’aiment pas : ils veulent posséder. Il y a aussi les pervers pour qui les idols sont vraiment des biens consommables et jetables. N’oublions pas non plus les cyniques, les arrogants et les méchants qui considèrent aussi les idoles comme des produits de consommation. On trouve cette dernière catégorie de personne dans le showbiz, justement : certains producteurs et autres agents de stars ont malheureusement développé cet intérêt déviant pour les idols. Ils ne les voient plus comme des enfants. Ils ne considèrent pas leur art. Ils ne voient que la viande et l’argent.
Et les idols ?
Elles/ ils n’aiment pas tout le monde, contrairement à ce qu’elles/ils chantent à tue-tête. Oshi no ko veut briser un mythe, mais rappelle au fond un principe sur lequel tout le monde s’entend tacitement. Car il est logiquement impossible que chaque idol aime chaque fan avec toute la force que vous pouvez mettre dans le mot « amour ». Certes, on entend souvent, dans la vraie vie, les discours lissés des idoles féminines et masculines, calques de leurs chansons suintantes d’amour pur. Mais ça aussi, c’est dans le contrat tacitement passé avec les fans.
C’est un mensonge convenu entre tout le monde, pour la bonne marche des affaires. Ai, l’idol joue donc la comédie. Elle est néanmoins sincère dans son amour mensonger. Mais certains ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre. Et voici les pervers, les déviants et les méchants qui s’acharnent sur les idols.
Les mille destinées d’Oshi no Ko
Ce côté-là d’Oshi no ko (les coulisses du monde des stars), est très prenant. On a pitié de ces enfants stars que plus personne ne considère comme des enfants. On en parle comme d’une marchandise appétissante lorsqu’ils rapportent de l’argent, comme une marchandise avariée lorsqu’ils perdent en popularité.
L’anime nous montre des parents poussant leurs enfants sur les planches ou derrière le micro, sans tenir compte de leur jeune âge, de leur souffrance. On voit aussi des adultes peu scrupuleux, agents de stars, producteurs… Certains adultes sont tellement cyniques que leur discours fait froid dans le dos. Le traitement des idols féminines est évocateur. Dommage qu’on ne parle pas des idols masculines. Dans Oshi no ko, les idols sont systématiquement des jeunes filles, et la manière dont certains adultes parlent d’elles est repoussante. Pour eux, tant qu’elles sont mignonnes, tout va. Ils se moquent bien de leurs performances en danse ou en chant, pourvu qu’elles soient jolies.
Heureusement, l’anime nous montre aussi la passion de ces jeunes qui veulent vivre de leur art. Malgré les critiques et les humiliations, ils continuent de croire en leurs rêves. Il n’est cependant pas toujours facile de faire cohabiter toutes ces jeunes « stars ». Les égos écrasent et contraignent les dialogues. Certains de ces jeunes plongés trop vite dans le monde de l’argent ne savent plus comment échanger simplement. Hélas, l’histoire a pris quelques virages discutables.
ATTENTION REVELATIONS
Si vous ne voulez pas connaître quelques points clés de la série, stoppez ici votre lecture !
Le héros est trop vieux (et c’est problématique pour la suite)
Un événement surnaturel propulse le médecin de 27 ans et la patiente de 14 ans dans le cercle très fermé des intimes de HOSHINO Ai. Ils se réincarnent dans le corps des enfants de l’idol. Des jumeaux que la star élève en secret, avec la complicité de ses producteurs.
Malaise. Un adulte presque trentenaire réincarné dans un bébé ? Heureusement, l’anime évite le fan service. Gorô, qui a gardé toute sa mémoire, prendra grand soin, par exemple, de boire son lait au biberon… Mais le malaise demeure.
On a clairement privilégié un bébé
Ni Sarina (réincarnée dans le bébé « Ruby ») ni Gorô (réincarnée dans le bébé « Aqua ») ne sait que l’autre est dans le corps du jumeau. Personne n’a voulu briser la glace à ce sujet. On verra par la suite que l’affaire reviendra sur le tapis, mais bon.
Sarina grandit comme un vrai bébé. Elle semblait plus mature à l’hôpital. Certes, elle s’est réincarnée à un âge bien inférieur à celui de Gorô, mais tout de même. Gorô, au contraire, impressionne par sa sagesse, son sérieux, sa maturité. Problème : il ne montrait pas du tout ce caractère quand il était adulte. Au contraire, il était bien plus loufoque.
Aqua sait tout est c’est relou
Les choses sont encore plus visibles à l’adolescence. Aqua est antipathique, taciturne. Il saoule un peu (voilà qui est dit). Sa sœur est le cliché de la fille pleine d’énergie, mais qui n’a rien dans la tête (je suis sévère). Le garçon est le cliché du gars qui sait tout. Même la directrice d’agence qui les éduque est dépassée. On veut expliquer l’antipathie d’Aqua par le drame qu’il a subi, mais l’explication ne tient pas. On trouve trop souvent ce type de personnage « ténébreux » dans les manganime, voilà tout.
L’histoire met très clairement Aqua en valeur. Sa sœur, qui rêve d’être idol comme sa mère, est reléguée au dernier plan. On explique qu’elle a « ce quelque chose » qu’avait Ai, mais comme on ne la montra pratiquement jamais à l’action, on est forcé de gober cette affirmation. A contrario, on dit d’Aqua qu’il est très intelligent, mais on le montre surtout en action. On dit qu’il a des capacités pour jouer la comédie et on n’arrête pas de le voir en dans les séries ou sur les planches. Il faut plus que du déclaratif, pour rendre un personnage crédible. Gare à l’effet Tsurara.
A quoi s’attendre pour Oshi no Ko saison 3 ?
A la fin de la saison 2, c’est Ruby qui sombre vers la vengeance. Mais vous pensez qu’elle va le faire elle-même ? Non ! Elle espère que son frère se vengera. Nul.
Le mieux aurait été que Gorô et Sarina aient le même âge. Ils auraient vu cette seconde naissance comme une possibilité de refaire leur vie. Ils auraient su depuis le début qui est qui et se seraient épaulés pour faire la lumière sur le drame survenu quelques années plus tôt… Qui sait ? Ruby aura peut-être un rôle d’envergure dans la saison 3…
Les infos en plus
- Oshi no Ko – éditions Kurokawa
- Oshi no Ko – le site officiel
- Effets sonores : Zapsplat.com
- Générique du podcast : Hands of the wind, de Manuel DELSOL


