Golden goal, l’histoire

Comment vivre ses rêves lorsque le monde nous contraint à la survie ?

C’est à cette terrible question que doit Naïm, 14 ans, passionné de foot. Le garçon s’est expatrié avec Rayan, son grand frère. Les deux jeunes ont quitté le Maroc pour gagner l’Espagne. Mais faute de visa, c’est illégalement qu’ils embarquent sur un bateau de fortune, avec d’autres candidats à l’expatriation. Le voyage est tumultueux. Ils parviennent néanmoins à rejoindre les côtes espagnoles. Mais la police est également là en nombre. C’est la panique, la fuite. Naïm et son grand frère se perdent de vue…

Le lendemain, le jeune Naïm erre dans les rues, à la recherche de son grand frère. Il aperçoit un attroupement, des joueurs de foot, un ballon. Il ne résiste pas à l’envie d’aller voir le match de plus près… pour le jeune garçon, c’est le début d’une aventure rocambolesque.

Golden goal, les origines

Golden goal est un manga de Guillaume MAIN(scénario) et de Weijun NI(dessin). Le premier tome du manga est sorti la semaine dernière (c’est du tout frais, oui!) aux éditions Paquet.

Ce premier tome, dynamique, promet d’être riche, avec du foot… et des arnaques ! Car le noble rêve de Naïm se retrouve pris dans les filets de faux agents. Courses-poursuites, armes à feu, police, drogue et mafia : voilà le breuvage indigeste que l’on veut faire avaler à ce pauvre enfant qui ne demandait qu’à jouer au foot… et à retrouver son grand frère.

Un scénario ambitieux donc, avec beaucoup d’action. On sent vraiment la passion des deux auteurs. Hélas, trop de thématiques s’emmêlent dans ce premier tome…


!! ATTENTION REVELATIONS !!

Immigré expatrié

Paquet commence le résumé de l’histoire en présentant Naïm comme un immigré marocain. Sous-entendu, en situation irrégulière. La mention étant déterminante pour la suite du récit, peut-être aurait-il fallu le dire. Mieux : il aurait fallu écrire « expatrié ». Bien que les mots migrant, expatrié et immigré renvoient à une même réalité (une personne quittant son pays pour en rejoindre un autre), ils ne sont pas logés à la même enseigne. Le terme « migrant » est désormais systématiquement repris pour parler d’une personne en situation irrégulière. Le terme « immigré » n’est pas mieux loti. Seul l’expat s’en sort bien. On l’imagine toujours avec des papiers alors qu’il peut être clandestin. Pire : on l’imagine riche et forcément occidental. Une même recherche avec les mots « expatrié » et « migrant/immigré » ne donnera pas du tout les mêmes résultats. Or, l’expatrié est un immigré comme un autre.

Golden goal trop léger ?

Le ton du manga n’est-il pas trop léger, au regard du drame que vit Naïm ? Ses réactions, typiques de celles du héros de shônen, sont-elles vraiment appropriées à sa situation ? Le drame que vit Naïm (on se doute bien qu’il n’a pas quitté son pays dans ces conditions parce qu’il le voulait) passe assez vite à la trappe, ou plutôt, il est rendu plus léger par certains « gags » censés justement alléger l’atmosphère, mais qui ne font pas du tout rire. Le premier problème de Naïm (il n’a pas de papiers) est aussi traité en surface. Le contexte géopolitique actuel, avec un renforcement des politiques d’immigration dans plusieurs pays, aurait pu au contraire amener à un traitement du sujet en profondeur.

Golden héros

Lorsque la police espagnole arrive, Rayan et son petit frère s’enfuient en courant. Et Rayan nous explique que pour eux, pas de soucis : « ils sont en excellente condition physique ». Ah bon ? Après cette traversée terrible de la méditerranée ?

Le garçon qui préférait le ballon de foot à son grand frère

Lorsque la police arrive, Rayan attrape le bras de son petit frère et se met à courir. Il lui dit « surtout, ne lâche pas ma main ! » Et que fait le petit frère ? Il lâche sa main… pour récupérer son ballon de foot. Sérieusement ? On imagine qu’il s’agit d’un précieux trésor pour l’enfant… Que nenni ! Il s’en sert aussitôt pour shooter dans la tête d’un flic, et s’enfuir… mais il a perdu de vue son frérot. Tristesse. D’autant plus que la suite du récit ne mentionnera plus le ballon ! Tout ça pour ça ?

Naïf Naïm

Naïm sera kidnappé, finalement relâché en France, mais pour être utilisé, kidnappé à nouveau, présenté à un mafieux… Pauvre enfant. Mais ses réactions déroutent. Quand il tombe sur le faux agent, il s’émerveille et pense qu’en intégrant un club, il retrouvera son frère… Pourquoi ? On pourra mettre cette naïveté sur le compte de son jeune âge… Et en même temps, on peut se dire que ce qu’il a vécu par le passé (ce qu’on peut imaginer de son passé, compte tenu des conditions dans lesquelles il arrive en Europe) aurait pu le rendre plus alerte.

Faux agents, vrais escrocs

Le manga lève le voile sur une arnaque qui prend malheureusement de l’ampleur : celle des faux agents. L’escroc se présente comme un agent de foot, intéressé par le potentiel du jeune joueur, lui présente une convocation pour une période d’essai dans tel club européen. Ou alors, le joueur est sélectionné d’office, et n’a plus qu’à chausser les crampons.

Bien sûr, tout est faux. Les familles se ruinent pour payer l’escroc. Le jeune arrive dans le pays étranger, mais se retrouve vite en situation irrégulière. Pas de visa. Pas de club. Le faux agent est injoignable. Les escrocs savent berner les jeunes : les fausses convocations, les faux contrats, faux comptes sur les réseaux sociaux… Certains usurpent l’identité de vrais agents sportifs, par exemple.

Comment protéger les jeunes ?

En janvier 2021 la Fédération internationale des associations de footballeurs professionnels (FIFPRO) alerte sur les arnaques des faux agents. En juillet 2023, la FIFPRO Afrique, la Fondation Didier Drogba et l’Organisation Internationale du Travail (OIT) lancent une campagne destinée aux jeunes espoirs africains. Si cette campagne touche spécifiquement les talents africains (et il faut des campagnes ciblées), le fléau des faux agents touche tous les continents. C’est ce que rappelle l’éducateur Amane Dramera, dans une interview accordée à France 24, le 23 janvier 2024.

Pratiquement à la même période, en juin 2023, un réseau de trafic d’êtres humains est démantelé. Les victimes sont de jeunes footballeurs venant d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Asie. Ils ont été séquestrés à Bsports, académie sportive portugaise. A la tête du trafic, Mário Costa, riche notable, à l’époque président de l’assemblée générale de la Ligue de football. Les familles des victimes payaient jusqu’à 2 000 euros par mois pour financer l’hébergement et la prise de leurs enfants. Mais sur place, les enquêteurs découvrent des jeunes séquestrés et des conditions de vie insupportables. C’est toute la planète foot qui devrait se saisir véritablement de l’affaire et prendre des mesures radicales pour mettre fin au fléau.

Et Golden goal ?

Le manga penchera-t-il davantage sur une thématique particulière ? Espérons que les auteurs parviendront à naviguer dans ces différentes eaux pour nous faire voir les faces cachées du monde sportif…

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