Netflix a récemment ajouté deux nouveaux Jdrama à sa longue liste : KUROSAGI et… KUROSAGI. Le premier Kurosagi date de 2006, le second, de 2022.
Attention révélations !
Si vous ne voulez rien savoir de la série, à la semaine prochaine !
Voilà qui est dit.
Les deux dramas commencent par quelques définitions pour planter le décor :
« dans le monde existent 3 types d’escrocs. Les shirosagi, qui pillent et dépouillent les gens. Les akasagi, qui séduisent et jouent avec les sentiments des gens. Et celui/celle qui s’attaque aux deux catégories précédentes : kurosagi. Vous l’avez compris, Kurosagi, c’est l’escroc qui arnaque les autres escrocs. »
- Sagi = escroquerie(詐欺) ou héron (鷺), selon les kanjis utilisés.
- Shiro = blanc ; Aka = rouge ; Kuro = noir
- Akasagi : celui/celle qui escroque en jouant avec les sentiments des gens.
- Shirosagi : celui/celle qui dépouille ses victimes.
- Kurosagi : celui/celle qui dévore les escrocs.
On pourrait donc dire que Kurosagi est une sorte de Robin des bois. Il n’arnaque pas les autres pour son compte personnel, mais pour aider les victimes d’escroqueries. Quoiqu’il poursuit également sa propre vengeance…
Le manga à l’origine du drama
A l’origine, Kurosagi est un manga de KUROMARU (dessins) et NATSUHARA Takeshi (scénario) sorti en 2004 et terminé en 20 tomes. Il n’est pas encore sorti en France.
L’histoire de Kurosagi commence sur une arnaque. Le père de Kurosaki se fait dépouiller par un shirosagi. Kurosaki, adolescent, voit sa vie sombrer dans l’horreur. Car son père, acculé, décide de se suicider. Mais avant, il assassine son épouse, sa fille aînée… et son fils. Mais l’adolescent survit miraculeusement. Déterminé à se venger, il décide de devenir lui-même un escroc pour retrouver le responsable de son malheur… Mais pour la police, et surtout pour le bouillonnant inspecteur Kashina, Kurosaki est un escroc comme les autres. Il doit être arrêté.
Les deux dramas commencent à peu près sur le même type d’escroquerie. Kurosaki, plus connu sous le nom « Kurosagi », aide la famille d’une étudiante en droit, Tsurara. La jeune femme, qui rêve de devenir procureure, conteste l’aide. Pas question de cautionner les escroqueries. Mais comment défendre la justice quand la justice déraille ?
Kurosagi, côté off
Sortie en 2006, la première version du drama Kurosagi est réalisée par HIRANO Shunichi, ISHII Yasuharu, MUTO Jun et OOKA Makoto. Le scénario est l’œuvre de SHINOZAKI Eriko. YAMASHITA Kosuke signe les musiques. On retrouvera ISHII Yasuharu (réalisation) et SHINOZAKI Eriko (scénario) à l’occasion du film Kurosagi sorti en 2008. Les deux artistes sont également aux manettes de la mouture 2022, avec HIRANO Shunichi, TANAKA Kenta (réalisation) et KIMURA Hideakira (musique). Les deux Kurosagi sont produits par TBS.
Acteurs 2006 :
- YAMASHITA Tomohisa : Kurosaki, le jeune escroc
- HORITAKA Maki : Tsurara, la future procureure
- AIKAWA Sho : le bouillant inspecteur Kashina
- YAMAZAKI Tsutomu : l’énigmatique Katsuragi
- OKUNUKI Kaoru : la discrète Hayase
Acteurs 2022 :
- HIRANO Sho : Kurosaki, le jeune escroc
- KUROSHIMA Yuina : Tsurara, toujours future proc
- INOWAKI Kai : Kashina version jeune très énervé
- MIURA Tomokazu : Katsuragi, toujours aussi inquiétant
- NAKAMIRA Yuri : Hayase avec de la poigne
Kurosagi x Kurosagi = un sans fautes ?
Les deux versions de Kurosagi sont très prenantes. Les deux séries se suivent très facilement. La version 2022 est une belle revisite de la version 2006. Les différences les plus profondes changent la structure et le ton de l’histoire. Kurosagi 2022 est un peu plus sombre.
Changement de ton
Globalement, le ton de Kurosagi 2006 est un peu plus léger que celui de la 2e version. Cela tient en grande partie aux types d’escroqueries et surtout à l’interprétation de YAMASHITA Tomohisa (Yamapi), très fort dans le comique ! On aimerait le revoir dans ce type de rôle… Car après, il tire la gueule : dans Code Blue, Summer nude, Les Gouttes de Dieu… Certes, c’est son personnage, mais bon.
Yamapi interprète un Kurosagi goguenard et blagueur. Mais s’il joue les bouffons cyniques, c’est pour mieux piéger son monde. C’est un quasi sans fautes pour Yamapi, à part pour être pour cette étrange première scène où on le voit poser torse nu dans l’herbe, armé de bretelles. Pourquoi ? En plus, le pauvre homme regarde l’objectif.
HIRANO Sho campe un Kurosagi plus sensible. Sa voix est plus douce (sensible des oreilles, je l’ai tout de suite remarqué!).
Chaque Kurosagi colle parfaitement à son univers. En 2006, les escroqueries sont très diversifiées : arnaqueur de bijoux, faussaire de faux sacs (il fallait oser la blague), un faux voyant, arnaqueurs de l’amour, etc. S’il poursuit l’homme responsable du drame familial, la diversité des enquêtes rend la vengeance moins obsessionnelle (surtout dans la première partie du drama).
A contrario, Kurosagi 2022 est obsédé par sa vengeance. Toutes ses escroqueries visent son but. Ici, on navigue dans les trafics de cols blancs : cryptomonnaies, montages financiers, etc. Certains le regrettent, et préfèrent la diversité de 2006. Néanmoins, les deux systèmes fonctionnent. Si la version 2006 est plus « comique » qu’en 2022, de fréquents moments nous ramènent dans la solitude de Kurosaki. L’homme pleure en silence, perdu dans un monde dans lequel il est tombé volontairement, mais qu’il déteste. Kurosaki 2022 vit la même souffrance, et le montre très rapidement.
Inquiétant, vous avez dit inquiétant ?
Mention spéciale à Katsuragi. Dans la version 2006 comme dans celle de 2022, il impressionne. Son cynisme glaçant dans la version 2006 reste dans les mémoires. YAMAZAKI Tsutomu incarne parfaitement l’homme, inquiétant, étrange, glaçant. Pour la version 2022, MIURA Tomokazu est parti sur une interprétation un peu plus douce, du moins en apparence. Il a des airs de bon père de famille, et, à le voir faire ses pâtisseries, personne ne se douterait de ses activités réelles. L’équilibre est ici tout trouvé entre la noirceur des activités illicites et la mignonnerie de sa profession de façade.
Quant à son bras droit, Hayase, elle est plus musclée dans la version 2022, et c’est heureux. En 2006, elle était presque trop discrète. En 2022, elle est davantage une associée. Mais dommage : si elle intervient à des moments clés, à d’autres moments, on la présente comme essentielle alors que Kurosaki se débrouille très bien sans elle…
Le cas Tsurara
Budget limité oblige, Tsurara emménage dans une petite résidence pas chère. Hélas, le propriétaire… c’est Kurosagi. Les deux ennemis sont même voisins !
On aurait pu avoir, en 2006 et en 2022, un beau combat sur la vision de la justice : celle de Tsurara, qui se rapproche de celle de la police. Et celle de Kurosaki.
Hélas non. On n’a pas ça. On a pire.
Back to 2006
En 2006, Tsurara est un peu agaçante. Elle ne cesse de faire la morale à l’escroc, mais ne propose rien. On l’imaginait plus perspicace. Au contraire, dès qu’elle a une question, elle fonce interroger son aînée de la fac, qui lui fournit des réponses… qu’elle aurait pu trouver elle-même ! Tsurara est vite réduite à la fille amoureuse. Car oui, vous vous en doutiez, elle tombe amoureuse de Kurosaki… Elle n’est pas la seule. Sa meilleure amie Yukari tombe aussi amoureuse de Kurosaki, et rien ne va plus. Leurs plates discussions se focalisent sur Kurosagi ; les deux filles sont en complet décalage avec la réalité du jeune homme.
Autre problème de la Tsurara 2006 : ses pleurs intempestifs. Ses yeux se brouillent dès qu’elle évoque Kurosaki. Oui, il a vécu un drame. Mais pleurer à chaque fois (j’exagère) et devant n’importe qui… Son caractère pose problème. Elle manque de perspicacité. Quand on indique que tel perso fait telles études ou à telles compétences, c’est pour le démontrer dans l’histoire. On dit que Kurosagi arnaque ; on montre qu’il étudie, on le voit à l’action ; il est crédible. On dit que Tsurara veut être procureure, mais à part saouler Kurosagi avec sa morale, elle ne fait rien. Or, sa morale, n’importe qui pourrait la faire. Escroquer, c’est mal. Oui, merci.
Go to 2022
Heureusement, Kurosagi 2022, balayé la bataille des filles. Il y a bien une ébauche de romance, mais à sens unique, et qui tombe vite à l’eau. L’aînée de la fac est remplacée par un jeune prof étroit d’esprit, autoritaire et vaguement amoureux de Tsurara. Au début, c’est lui que Tsurara interpelle dès qu’elle a une question. Et comme en 2006, ses questions sont si ridicules qu’elle n’avait vraiment pas besoin de lui. Ici, on retrouve cette image de l’homme qui sait tout et déroule son savoir à la fille qui ne sait rien…
Malgré ce premier couac, Tsurara est plus cool que dans sa version de 2006. Elle a cessé ses discours moralisateurs et comprend vite que le monde est plus complexe. Elle sait bien que la justice est imparfaite, mais croit toujours et à juste titre, qu’il faut des lois pour réguler le monde, et qu’on ne peut pas se faire justice soi-même.
Pour le prouver, Tsurara tente d’aider légalement une victime d’escroquerie. Hélas, bien sûr, elle n’y arrive pas et se fait rouler en beauté. Là encore, il faudra l’intervention de Kurosaki, et donc une escroquerie, pour que la victime soit dédommagée…
Autre boulette, et là, on retrouve l’ombre de Tsurara 2006. Quand elle parle avec un peu d’émotion de Kurosaki, les larmes coulent. C’est émouvant la première fois (quoique…), ça l’est moins par la suite. Une scène, par exemple, la montre en pleine conversation avec le fougueux inspecteur Kashina. Empathique, Tsurara ne peut condamner cette peine qui pousse Kurosaki à agir ainsi. Elle reconnaît les graves défaillances de la justice, et elle appelle donc la police à jouer son rôle ; elle aussi jouera le sien en tant que procureure. Super. Mais elle le dit en pleurant. Et ça casse tout.
Kurosagi super star : mais que fait la police ?
En 2006, c’est clair. La police apparaît souvent, et en nombre, pour arrêter les bandits. Certes, Kashina et sa bande interviennent souvent après la guerre et ne font que ramasser les escrocs tombés sous les coups de Kurosagi. Mais au moins, ils sont là.
En 2022, non seulement ils sont moins présents, mais en plus quand ils sont là… c’est pour la causette. On les voit plus souvent au bureau en train de causer sur Kurosagi qu’en train d’agir. Point positif : un policier se montre empathique, comme Tsurara. Il veut arrêter Kurosagi pour le protéger. Dommage : il n’a pas un grand rôle. La police n’a pas un grand rôle. Elle est encore plus spectatrice des exploits de Kurosagi que dans la version 2006. A la fin, elle semble même s’en remettre à lui…
L’affrontement n’aura pas lieu
Il aurait été bien plus intéressant et stimulant de faire s’affronter ces différentes visions de la justice : Tsurara, la police et Kurosaki. Tsurara et la police partagent une vision proche. Mais Tsurara (2022) semble mieux comprendre à quel point les imperfections du droit font naître des Kurosagi. Elle ne cautionne pas ses actes, mais ne les condamne pas non plus. Elle aurait dû avoir un rôle bien plus important, pour aider des victimes de manière légale. On aurait assisté à de grandes batailles tant sur l’action que sur les valeurs humaines. J’aurais aimé un affrontement entre Tsurara et Kurosaki.
Si Tsurara 2022 est plus cool que la version 2006, son rôle reste affreusement plat. Le plus triste, c’est qu’on est habitué à voir ce genre de rôle fade pour les personnages féminins. Dans les deux Kurosagi, les femmes brillent par leur absence. Et quand elles sont là, on l’a vu, ce n’est pas toujours pour le meilleur. Elles sont plus souvent victimes. Ou alors, elles attendent.
La fin de Kurosagi
Dans les deux versions, la fin est ouverte. Mais dans celle de 2022, où le héros est allé au bout de sa vengeance, on a paradoxalement une glissade des plus étranges.
Bon je vais dire la fin, ça vous va ? Je préviens avant, je suis sympa !
Dans la version 2022, Kurosagi a eu sa vengeance. Petit filet de romance ici : Kurosaki écrit à Tsurara pour lui avouer à demi-mot ses sentiments. Il reviendra un jour. Tsurara lui dit qu’elle l’attendra. La belle affaire.
On rappelle que Kurosaki est censé arrêter les escroqueries après sa vengeance. C’est ce qu’il a toujours dit. On le retrouve 6 ans plus tard. Tsurara est devenue une procureure pressée qui n’a pas le temps de s’arrêter pour vérifier si l’homme qui traverse la rue est bien son Kurosagi. Lui a fait la vérification. Va-t-il sauter dans les bras de sa femme qui attend ? Non, car maintenant, son but, c’est de manger tous les escrocs. La belle affaire.
Cette fin est nulle. Je prends les commandes.
Après une petite peine de prison (Kurosaki est aussi une victime, pas d’enrichissement personnel…), Kurosaki revient vers Tsurara, comme promis. Elle est procureure. Il devient détective privé. Ensemble, ils traquent les criminels. Tsurara œuvre pour une justice meilleure. Kurosaki se sert de ses compétences pour confondre les escrocs, mais sans dépasser la ligne rouge.
A moi les Oscars et les Césars.
Liens utiles
- Kurosagi 2022 : le site officiel
- Effets sonores : Zapsplat.com
- Générique du podcast : Hands of the wind, de Manuel DELSOL
- ©TBS – affiches du drama KUROSAGI 2006 / 2022


