Précédemment dans Gene Bride.
Défendre les droits des femmes
Le manga Gene Bride se termine. Une fin comme une victoire en demi-teinte, à l’image des victoires que l’on peut vivre aujourd’hui. Dans tous les pays, tous les jours, les droits des femmes sont combattus, et des femmes et des hommes luttent pour les droits des femmes, comme Ichi et Masaki. Car défendre les droits des femmes, c’est aussi défendre les droits des hommes. C’est défendre l’humanité.
Discriminations. Privation de droits. Dérives de l’intelligence artificielle. Eugénisme. Bienvenue à Shukokan. Dans le tome 3, Ichi et Masaki s’étaient infiltrés dans l’hôpital de Shukokan, ce sombre établissement scolaire bâti comme une prison, coincé dans ses expériences déshumanisantes. C’est là qu’est enfermée Enami, l’amie d’Ichi, portée disparue depuis 15 ans…
Mais Ichi est bien décidée à mettre fin à tout ce système. Elle sera aidée par Ichi collégienne et ses amies, qui se posent aussi des questions sur leur curieuse école. Le tome 4 de Gene Bride est le dernier. TAKANO Hitomi est parvenue à nous transmettre son cri et son envie de combattre pour dénoncer les discriminations et défendre nos droits.
La fin comme au début. Le combat à la fin
La fin de Gene Bride est très juste. La victoire n’est pas la victoire finale, mais marque la poursuite du combat pour vivre, tout simplement. Bravo à TAKANO. Son cri, elle a réussi à faire entendre avec dignité et sagesse. La lutte pour les droits des femmes doit continuer et continue. Car dans la fiction comme dans la réalité, de nombreuses situations montrent qu’il y a encore fort à faire : les expériences de l’école Shukokan ; le mépris de certains hommes à l’égard des femmes, la répétition des violences psychologiques et physiques, le harcèlement au travail, le harcèlement de rue etc.
Le combat dans la vraie vie
La fiction rejoint la réalité. Ce dernier tome évoque quelques situations réellement survenues au Japon. Et dans ce monde qui est le nôtre, TAKAICHI Sanae est devenue la première Première ministre du Japon.
Première Première ministre
Le 21 octobre 2025, TAKAICHI Sanae devient la première ministre du Japon. Une première, dans l’histoire politique japonaise. L’élue venait de prendre la tête du Parti libéral démocrate (PLD), principale force de la droite japonaise, au pouvoir quasi ininterrompu depuis sa création, en 1955. Mais les défenseuses et les défenseurs des droits des femmes ne se réjouissent pas. Car la nouvelle Première ministre rêve d’incarner la « Dame de fer » du Japon. Cette admiratrice de Margaret Thatcher est une ultranationaliste. A droite de la droite, elle ne cache pas ses penchants révisionnistes et son penchant pour le 100 % travail. Ne lui parlez surtout pas d’équilibre vie pro/vie perso.
Mauvais signal pour les droits des femmes
Takaichi tient ses idées ultraconservatrices du clan ABE Shinzo (Abe était son mentor). Ainsi, elle se dit ouvertement contre la réforme permettant aux femmes de garder leur nom de jeune fille après le mariage. Ce projet est soutenu de très longue date par les féministes et leurs soutiens. La Première ministre dit également non aux impératrices. Pas question qu’une femme puisse devenir impératrice.
Même fermeté en matière de droits LGBTQIA+ et d’immigration. Pour Takaichi, les expatriés sont de terrifiants délinquants qui ne comprennent rien aux valeurs japonaises. Elle se dit anti-immigration, tout en reconnaissant que le Japon a besoin de travailleurs étrangers. Elle soutient un lobby d’extrême droite. Si elle a gardé de se rendre au sanctuaire shinto controversé de Yasukuni pour fêter sa nomination, elle n’a pas manqué d’y envoyer une offrance… Ce sanctuaire, symbole du Japon militaire et impérialiste, un sujet tabou. Aucun chef de gouvernement ne s’y est rendu… depuis Abe Shinzo.
Des Japonaises ont accueilli la nomination de Takaichi à leur manière : le 24 octobre, plus d’une centaine de femmes ont dit NON à la politique de la Première ministre, qu’elles jugent raciste et conservatrice. Elles rappellent que le Japon n’est pas un pays raciste, et exigent un gouvernement anti-raciste et inclusif. Nul doute qu’Ichi et ses amis feraient partie des manifestant.e.s.
Mariage pour tous
Le 14 mars 2024, la Haute cour de Sapporo déclare que les dispositions du Code civil et de la Loi sur la famille qui ne reconnaissent pas le mariage pour tous sont inconstitutionnelles. Gene Bride fait référence à cette décision. D’après la justice de Sapporo, les dispositions contre le mariage homosexuel violent les textes constitutionnels qui garantissent la liberté de mariage.
Avant Sapporo, en 2015, les autorités des arrondissements tokyoïtes de Shibuya et de Setagaya avaient lancé des certificats de partenariat civil pour les couples homosexuels. La majorité des autres préfectures a suivi ce mouvement. Le certificat permet d’être reconnu comme une famille et donc, de bénéficier des mesures administratives mises en place pour les familles (allocations, demande de logement social…). Mais la décision historique de Sapporo et les initiatives locales ne changent pas la loi : aujourd’hui, le mariage homosexuel reste interdit au Japon.
Discrimination envers les étudiantes en médecine
Le tome 7 du manga Entre les lignes abordait le scandale survenu dans les facultés de médecine. Pour favoriser les hommes, les examens d’entrée étaient délibérément durcis pour les femmes. Gene Bride évoque aussi cette affaire. En 2018, l’université tokyoïte Juntendo avouait avoir durcit l’examen d’entrée pour les femmes. Pour sa défense, elle arguait que la mesure servait à « réduire l’écart entre les hommes et les femmes » car les femmes étaient « plus fortes en communication », et donc plus fortes que les hommes à l’oral… un préjugé dramatique, qui a gâché l’avenir de milliers de Japonaises. L’université a été condamnée à indemniser les victimes.
Mais Juntendo n’est pas la seule à être tombée dans ces trafics d’examens. L’université de médecine de Tokyo a également été épinglée. Elle falsifiait les notes des étudiantes pour garder un taux de femmes aux alentours de 30 %. Là encore, des milliers de carrières brisées. L’université de médecine de Tokyo se justifiait par le fait que, selon elle, les femmes abandonnaient leur carrière pour fonder une famille… Le ministère de l’Education mène l’enquête, et découvre un vaste système de corruption étendu à plusieurs universités japonaises de médecine. En 2021, des pratiques équitables sont instaurées. Et depuis… les étudiantes obtiennent de meilleurs résultats que les étudiants.
Et maintenant ?
On continue le combat. Gene Bride nous montre combien l’union fait la force. On se sent parfois bien isolé.e.s, mais non. Il y aura toujours au moins une personne qui partagera la même volonté que nous de voir les choses changer positivement. Ça ira.
Les infos en plus
- Ce tome 4 de Gene Bride est proposé en version collector : avec une jaquette alternative et une très jolie illustration dédicacée par Takano Hitomi, pour les lectrices et lecteurs de France !
- Crédit image Gene Bride © TAKANO Hitomi / Shôdensha (2021)
- Gene Bride : éditions Glénat
- Générique du podcast : Hands of the wind, de Manuel DELSOL
- Effets sonores : Zapsplat.com ; Alan McKINNEY


