Bienvenue au Tartare…
Rendez-vous pris au restaurant pour retrouver un moment à deux, une intimité, quelque chose de doux, de généreux. A moins qu’on ne vienne là pour régler ses comptes. Les héros de Corps solitaires s’offrent parfois de beaux dîners au restaurant. Un restaurant fait justement beaucoup parler de lui, ces derniers temps. Il s’appelle « Tartare » et promet une expérience… unique. Son thème ? La viande, gastronomique, dans tous ses excès…
Envie de pousser la porte du luxueux restaurant ? Avec les yeux, c’est encore plus savoureux. Car oui, le Tartare est un livre au menu composé de multiples plumes. L’œuvre est éditée chez la Chambre froide, maison d’édition éphémère fondée pour le projet de fin d’études des étudiants du Master 2 Création Editoriale Multi-supports, en partenariat avec Sorbonne université et Asfored, l’école de l’édition. Pour plus d’infos sur la campagne Tartare, cap sur Ulule ! Le livre, qui décortique les rapports de dominations, les jeux de pouvoir, et la société dans tous ses excès, sortira le 2 juin.
Corps solitaires, l’histoire
D’un côté, Michi et Yôichi. De l’autre, Makoto et Kaede. Deux couples de trentenaires, mariés pour le meilleur… et pour le pire. Le pire, pour Michi, c’est une absence de relations intimes qui dure depuis trop longtemps. Makoto traverse la même crise. Yôichi et Kaede souffrent tout autant. Un couple peut-il fonctionner sans ça ? Est-il mal de ne pas avoir envie ?
Yôichi trouve que Michi exagère, avec ses envies. Kaede n’a pas le temps et n’a plus vraiment envie. Makoto persévère, mais se sent bien seul. Il aime son épouse. Michi aime son mari. Yôichi et Kaede aiment aussi leurs conjoints. Mais l’amour doit-il forcément se traduire par l’acte physique ? Un couple est-il obligé de passer par là pour être heureux ?
Commence, pour Makoto et Kaede, pour Michi et Yôichi, un long chemin pour sauver son couple, pour se sauver soi-même, pour, enfin, aller à la rencontre de l’autre.
Lire un extrait : https://www.kana.fr/produit/corps-solitaires-t1/#extrait
Corps solitaires, le manga
Anata ga shite kurenakute mo / あなたがしてくれなくても (« et même si tu ne le fais pas, sous-entendu « à moi » ) est un manga de HARUNO Haru sorti au Japon en 2017 dans le magazine de prépublication Manga Action de la maison d’édition Futabasha. En France, le manga, très poétiquement appelé « Corps solitaires » est à retrouver chez Kana et sur Mangas.io. La série est terminée en 14 tomes.
Adultère
Coup de cœur. L’autrice de Corps solitaires parvient à parler d’intimité avec une grande maturité et beaucoup de pudeur. Ici, pas de situation toute faite pour montrer des corps transpirant sous les draps. Si la question de l’adultère est abordée, c’est sans perversité. Car on voit encore trop de fictions où l’adultère est presque célébré : tout est fait pour nous montrer les acteurs et actrices dans les positions les plus invraisemblables, les corps qui percutent les murs, et autres cascades sur l’oreiller…
Dans Corps solitaires, point de cela. Malgré leur souffrance, les personnages s’accrochent pour ne pas céder à la tentation facile. Après tout, nourrir des pensées intimes envers l’époux ou l’épouse de quelqu’un, c’est déjà commettre un adultère dans son cœur…
Souffrance
Chacun des protagonistes du manga souffre. Chaque couple essaie de sauver sa relation. Mais la souffrance crée des interférences. Au lieu de se rapprocher, les couples se déchirent. La question des relations intimes peut être vue comme une image de la vie du couple, de l’unité du couple.
Car le manga rappelle que les relations intimes ne sont pas juste une histoire physique. Mais l’on vit dans un monde où l’acte amoureux a été déconnecté de la prise de responsabilité. On oublie que l’union des corps n’est que l’aboutissement de l’union qui a déjà eu lieu sur le plan des émotions, des sentiments, des caractères, des valeurs… C’est là que se forge et se consolide le couple. Quand le couple est un, c’est d’abord dans le système de pensée, au niveau de l’esprit, de la vision commune de la vie, une vision commune indispensable pour marcher sur le même chemin, et pour marcher d’un même pas.
Corps solitaires nous montre des couples qui ne marchent plus sur le même chemin, qui n’avancent plus d’un même pas. L’absence de rapports intimes révèle un problème plus grand : l’absence de dialogue.
Dialogue
Dès qu’il y a un problème, impossible de commencer les conversations les plus banales. Tout prend un sens potentiellement très lourd. Les personnages de Corps solitaires traversent cette tempête silencieuse, où chaque mot est réinterprété à la sauce amertume, colère, hypocrisie ou mensonge. Les conversations deviennent pesantes. Les dialogues meurent dans les non-dits, les tromperies…
Cependant, chaque protagoniste essaie, malgré les chutes, de sauver son couple. Chacun réalise qu’il aime encore l’autre, et fait tout pour que ça reparte. Mais « faire tout », qu’est-ce que ça veut dire ? Est-ce qu’il faut « faire tout » à sa manière ? Voilà de nouvelles questions avec lesquelles les personnages principaux chemineront, pour sauver leur couple ou se sauver, pour apprendre à écouter l’autre pour mieux s’écouter, et avancer.
Excellent manga, tout en pudeur et en douceur. Le dessin de HARUNO Haru, délicat et précis, transmet lui aussi cette douceur et cette bienveillance.
Les infos en plus
- Crédits images : Anata ga shite kurenakute mo © HARUNO Haru / Shôgakukan (2017)
- Générique de début et de fin : Générique du podcast : Hands of the wind, Manuel DELSOL
- Effets sonores/musiques : Zapsplat.com ; Angela Paulson (Floating) ; Dave Miles (Pop Buzz)


