Précédemment dans Ocean Rush.
Pour rappel, Océan Rush, c’est la belle histoire d’Umiko, soixantenaire qui s’embarque dans des études de cinéma, et de Kai, jeune étudiant rêvant de devenir réalisateur. Umiko et lui partagent le même rêve et s’aident mutuellement.
Entre eux se crée une belle complicité. Autour d’eux gravitent d’autres personnages, influenceur tendance, spécialiste du cosplay, futurs réalisateurs et réalisatrices de renom… Mais comment se faire une place dans ce monde concurrentiel ? Kai parvient à avancer. Son film a été primé lors d’un festival. Pas celui d’Umiko.
Serait-il temps pour elle d’arrêter ses études et de revenir à sa vie d’avant ? Cette question, Umiko se la pose depuis son inscription à la fac. Elle entend les racontars du voisinage. Elle voit les regards curieux des autres. Umiko n’a jamais eu une confiance en elle débordante. Ces opinions la ramènent à la réalité : contrairement à Kai et aux autres étudiants, elle est vieille. Cela doit-il cependant lui interdire de vivre sa passion ?
Complexe Canada
Alors qu’elle est en proie à de nouvelles interrogations, Kai lui propose de l’accompagner au Canada, où il recevra sa récompense. Umiko est partagée. Ce voyage ne va-t-il pas la renvoyer à ses peurs ? À sa jalousie ?
Ce tome 7 du manga Ocean Rush est tout aussi prenant que les précédents. On comprend les tourments d’Umiko. L’autre réussit, mais vous restez en arrière. Vous êtes heureux/heureuse pour l’autre, bien sûr, mais ne pouvez vous empêcher de le/la jalouser allez, voilà, c’est dit. Vous ne voulez bien sûr pas prendre la place de votre ami.e. Vous voulez juste avoir, vous aussi, votre place.
La jalousie en amitié
Ça arrive à tout le monde d’être jaloux. Lorsque de mauvaises idées passent et s’en vont rejoindre leur cimetière, ça va. Mais lorsqu’elles restent et apportent l’aigreur, l’amertume et la colère, c’est plus compliqué.
Dans le cas de Umiko, la jalousie nait d’un manque de confiance en elle. Et la différence d’âge. Elle se désole de toujours batailler avec ses complexes de jeunesse. Mais elle se bat avec sagesse. C’est sa grande force. Umiko est consciente de ses difficultés et leur fait courageusement face.
Comparaison excessive
Se comparer, c’est humain. Ces comparaisons peuvent être un bon stimulant. Je compare mes résultats à celle/celui qui me dépasse et persévère pour améliorer mon score. Je suis bien conscient.e que moi aussi j’ai des qualités à faire valoir. Je fais de mon mieux, mais sans que cela vire à l’obsession.
La comparaison devient justement excessive lorsqu’elle vire à l’obsession. Heureusement, bien entendu, ce n’est pas du tout le cas d’Umiko. La comparaison excessive enferme dans une spirale négative. Elle rend incapable de bien comparer. Tout ce qu’on a est forcément moins bien que ce que l’autre a. On se met à comparer des choses incomparables, comme la gentillesse ou l’humour. L’ami.e devient le/la rival.e.
Complexe d’infériorité
Les héroïnes du josei manga Jalouses pourraient nous faire une dissertation sur ce point. C’est aussi le grand problème d’Umiko. Elle aimerait s’affirmer plus franchement. On sent son mal-être lorsque, par exemple, les gens se demandent si elle est la grand-mère de Kai. Le jeune homme répond tranquillement que non, elle est étudiante en cinéma, comme lui. Umiko est décontenancée. Kai n’a-t-il pas honte de dire… la vérité ? Car pour les gens, impossible de prendre Umiko pour une étudiante. Les jugements des autres renvoient Umiko à ses complexes. L’étudiante s’isole pour laisser passer la vague. C’est sa manière de lutter.
Et si on arrêtait de se comparer aux autres ?
La vie n’est pas une succession de comparaisons. Et tout n’est pas comparable. Et tout n’est pas quantifiable.
Umiko a cette sagesse de ne pas laisser le complexe d’infériorité la submerger. Elle a bien sûr pour elle l’expérience accumulée durant sa vie, même si elle aurait aimé que cette expérience la débarrasse de ses craintes. Elle aura parfois cette réflexion : les jeunes pensent qu’une fois vieux, on est débarrassé des complexes. Mais non. Le temps passe. Les complexes restent. On vit avec.
« Vivre avec » ne veut cependant pas dire « se laisser dévorer par les complexes ».
Au contraire. On apprend à se définir pour qui on est nous, et non pas selon les critères de l’autre, ou selon l’image idéalisée qu’on a de son ami.e. Car personne n’est parfait. Il y a obligatoirement des choses que vous seul.e savez faire… comme vous le faites. Car chacun.e est unique.
Les infos en plus
- Crédit image Ocean Rush tome 7 © John TARACHINE / Akata (2020)
- Ocean Rush: éditions Akata
- Générique du podcast : Hands of the wind, de Manuel DELSOL
- Effets sonores : Zapsplat.com ; Angela PAULSON


