Sans cheveux, l’histoire
Sans cheveux, c’est l’histoire autobiographique de Tereza Drahoňovská (scénario), aidée par Jislová, Štěpánka (dessins). Tout va bien dans la vie de Tereza. Et puis un jour, plus de cheveux. Tereza accepte, difficilement, ce nouveau corps répondant à des canons de beauté, elle est en sûre, inconnus de l’humanité. Elle appelle sa mère. Il faut raser les quelques cheveux qui restent sur la tête. Harmoniser tout ça. Tereza souffre d’alopécie. Pourquoi son corps combat-il son corps ? Elle ne sait pas. Multiplie les traitements. Se rend à l’évidence. Ses cheveux ne repoussent pas. La vie, elle, doit continuer. Mais comment ?
Le message de Tereza
Tantôt avec humour, tantôt avec gravité, Tereza nous raconte son long parcours… jusqu’à l’acceptation. Accepter une maladie dont on ne connaît pas la cause. Arrêter les traitements, après avoir tout tenté. Voir son corps changer parce que bon, on n’y peut rien. L’alopécie, c’est, non seulement, la perte de cheveux, mais aussi tous les désordres intérieurs. C’est le regard sur soi qu’il faut de nouveau poser. Le regard des autres qu’il faut apprivoiser. La peur du rejet. Les peurs qui s’accumulent. Et la vie continue ?
Les cheveux sont une marque traditionnelle de féminité. Tereza explique bien ce sentiment, cette douleur naissante ; ne plus avoir de cheveux, ce n’est pas seulement « ne plus avoir de cheveux ». C’est perdre sa beauté, ou plutôt croire qu’on perd sa beauté parce que les normes de beauté imposent des cheveux. D’ailleurs, les sociétés portent un regard plus dur sur les femmes chauves. Les hommes, c’est plus banal. Ça ne veut pas dire qu’ils n’en souffrent pas, au contraire.
Parenthèse sur les beaux cheveux crépus
En faisant un point sur les perruques (car Tereza sera amenée à en porter une) les autrices parlent des filles noires qui porter des perruques, et écrivent : « leurs cheveux ont une structure différente, très difficile à coiffer. Ça demande beaucoup de temps et d’argent ».
Cette phrase soulève plusieurs points que nous allons détailler ensemble, dans la bienveillance n_n :
« Leurs cheveux ont une structure différente… »
On pourrait dire « différente par rapport à… » ? La structure de la phrase laisse penser qu’il y aurait un cas général de cheveux, et une « structure différente » : les cheveux crépus. En réalité, il n’existe pas « une structure » de cheveux chez les femmes noires, mais plusieurs structures. On en distingue 3 principales :
- Les cheveux crépus avec des boucles en forme de S (4A).
- Les cheveux crépus en forme de zigzags (ici, les boucles sont plus petites, plus resserrées). (4B)
- Et les cheveux crépus en forme de spirales si petites qu’on a du mal à les discerner. Quand on regarde de près, on peut voir des spirales, zigzag… (4C)
Il n’y a donc pas « une structure » unique de cheveux propre à toutes les femmes Noires, mais plusieurs types de cheveux. Exactement comme les autres types de cheveux (raides, lisses, ondulés, bouclés, frisés, très frisés, etc.)
« … très difficile à coiffer »
C’est une idée reçue qui hélas, a fait beaucoup de mal à de nombreuses filles et femmes noires. On pense encore à tort que les cheveux crépus sont durs à coiffer. En réalité, les cheveux afros, quel que soit leur type, peuvent être souples, soyeux, faciles à coiffer. Le mouvement nappy (natural + happy) donne beaucoup de bonnes ressources pour apprendre à aimer ses cheveux crépus.
« Ça demande beaucoup de temps et d’argent »
Là encore, la réalité est tout autre. On peut bien entretenir ses cheveux crépus en version discount et écolo. A chaque fille/femme sa routine capillaire…
Samson
Je pense que la phrase : « leurs cheveux ont une structure différente, très difficile à coiffer. Ça demande beaucoup de temps et d’argent » était un peu maladroite. Comme on cause cheveux, je souligne une dernière petite remarque. Dans l’histoire de Samson, ce ne sont pas les cheveux en tant que tels qui sont source de puissance. C’est Dieu qui a décidé d’utiliser les cheveux. Couper les cheveux symbolisait le fait de « couper la relation avec Dieu » : croire que la force venait de Samson lui-même (orgueil), alors que c’était faux.
Sans cheveux, et après ?
On peut facilement imaginer le combat intérieur, le stress, et toutes les émotions que l’on peut ressentir à l’idée de faire sa rentrée quand on sait qu’on va attirer l’attention malgré nous. Pour Tereza, c’était l’alopécie. D’autres auront un handicap visible ou moins visible. Une particularité qui va susciter des interrogations. Faut-il répondre ? Que dire à ceux qui vous ont connu avant, et qui vous retrouvent changée ? Comment s’aimer ?
Se confier, c’est la liberté
Libérons nos cœurs ! Tereza va parler à des êtres chers, des êtres de confiance. Il n’y a bien sûr pas de recette miracle pour retrouver l’estime de soi. Il y a plutôt des regards bienveillants. Ces instants passés avec des gens bienveillants vont permettre à Tereza de se ressourcer, de parler à cœur ouvert.
Se nourrir avec de bons témoignages… sans se laisser engloutir et sans culpabiliser
C’est l’avantage et le risque des témoignages. Tereza en verra passer beaucoup, sur Internet. Des gens qui racontent comment ils ont surmonté leur nouveau visage, ou, au contraire, comment ils le cachent… Certains témoignages sont encourageants, mais d’autres peuvent faire culpabiliser. Il faudrait toujours prendre les témoignages pour ce qu’ils sont : des histoires qui appartiennent à la personne qui raconte. Ce n’est pas un concours de performance ou autre. J’ai le droit d’aller à mon rythme.
Aller à son rythme
Tereza avance à son rythme. Elle ne montrera pas son crâne à ses collègues dès le premier jour. Il lui faudra du temps. Le temps de faire le tour des injonctions faites aux femmes. De débattre avec les préjugés. De pleurer sur cette situation incompréhensible. Le temps de se consoler et d’être réconfortée. Le temps de tester les perruques, les foulards… Il est impératif de prendre son temps. Inutile de paraître « autre » pour prouver quelque chose. Au contraire. La douceur envers soi et la bienveillance aideront à mieux naviguer dans le nouveau quotidien.
Les infos en plus
- Crédits images : Sans cheveux © Tereza Drahoňovská (scénario) et Jislová, Štěpánka (dessins) / Glénat (2024)
- Générique du podcast : Hands of the wind, Manuel DELSOL
- Effets sonores/musiques : Zapsplat.com ; Music mst on zapsplat.com (Julia)


