Tout pour la belle vie

Rouge éclipse, c’est d’abord l’histoire d’Ayumi KOHINATA est la lycéenne que tout le monde veut avoir comme ami. Intelligente, cultivée, sympathique… Elle a d’ailleurs plein d’ami, dont deux meilleurs camarades, Kôshirô MIZUMOTO, l’archétype du “beau garçon intelligent”, et Shunpei KAGA figure du “beau garçon cool”. Kôshirô, justement, vient de demander à Ayumi de sortir avec elle. La coqueluche du lycéen s’envole pour son premier rendez-vous avec son intellectuel.

Rouge éclipse, c’est aussi l’histoire de Zenko UMINE, la lycéenne solitaire, car rejetée des autres. Alors qu’Ayumi s’apprête à voler vers sa nouvelle vie d’amoureuse, Zenko, sa camarade de classe, lui téléphone. Ayumi s’interroge car les deux filles ne sont pas amies. Zenko demande à la jolie lycéenne de la regarder…

C’est là que le drame se produit. C’est ici qu’on quitte le réel.

Rouge éclipse

Zenko, camarade mal-aimée, moquée à cause de son physique, prend la place de la belle Ayumi. Elle en rêvait. La belle vie, n’est-elle pas meilleure dans un beau corps ? Et qu’est-ce que le beau, sinon la minceur ? On n’a cesser de rabâcher à Zenko que son corps était vilain. Elle emprunte donc celui d’une autre. Pour l’adolescente, les moralisateurs à coup de “aime-toi” sont bien comiques. Ils ignorent ce que signifie survivre dans un corps dont tout le monde se moque. Les camarades, des inconnus, la Terre entière, parfois même la famille juge et insulte le corps de Zenko.

Alors oui, elle a volé celui d’une autre. Celui d’Ayumi. Et Ayumi, désormais coincée dans le corps de Zenko, découvre la discrimination. La jeune fille populaire découvre le rejet. On la déteste parce qu’elle vit ; sa seule existence provoque le mépris des autres. Shunpei ne la reconnaît plus. Kôshirô n’est plus son petit-ami ! Ayumi va-t-elle le supporter ? Et si oui, combien de temps ?

A l’origine du drama Rouge éclipse

A l’origine du jdrama, un manga fini en 3 tomes, 宇宙を駆けるよだか (Sora wa kakeru yodaka). Le manga, signé Shiki KAWABATA, est sorti chez la Shûeisha en 2014. Le manga est sorti en France chez Akata en 2016, sous le titre Rouge éclipse.

C’est Hiroaki MATSUYAMA (Don’t call it mystery, Liar game, Nobunaga Concerto, Heartbroker chocolatier…) qui a réalisé le drama, avec Michitaka OKADA (Liar game, Nobunaga concerto) au scénario. Les musiques sont signées Ken ARAI (Don’t call it mystery, Heartbroken chocolatier). Le drama, terminé en 6 épisodes, est diffusé sur Netflix.

Côté casting, Miu TOMITA incarne Zenko, Kaya KIYOHARA joue Ayumi, Daiki SHIGEOKA interprète Shunpei et Tomohiro KAMIYAMA, Kôshirô.

L’apparence qu’il faut

A travers les yeux de ces adolescents, Rouge éclipse nous renvoie à nos propres perceptions. Depuis que les réseaux sociaux et leurs filtres ont envahi l’univers, pas facile de survivre lorsqu’on n’a pas l’apparence qu’il faut. Mais qu’est-ce que “l’apparence qu’il faut” ? Qui décide, qui juge de “l’apparence qu’il faut” ?

Trop gros, trop sombre, pas assez grand, trop grand… Dans l’épisode 14, Smile complexe sur ses dents… Zenko, elle, déteste son corps entier. Que faut-il faire pour se faire accepter ? Se faire accepter par qui ? Qui décide ? Les questions sont sans fin. Le monde nous fait tourner en bourrique. Le monde ne va pas bien.

Le mélange fantastique/tranche de vie présenté dans l’histoire est judicieux. Hélas, le fantastique a tendance à prendre peu à peu le pas sur les vrais questionnements. La série aurait mérité plus d’introspection, d’observation, d’analyse, de questionnements.

Rouge et le mirage

Par contre, le drama montre bien à quel point le regard de l’autre peut plonger dans une spirale infernale. Ayumi dans le corps de Zenko subit les remarques très blessantes, et se demande comment la vraie Zenko faisait pour l’endurer. Prisonnière du corps de Zenko, Ayumi comprend mieux la peine de sa camarade. Elle voit aussi les autres différemment. Ses amis, Shunpei et Kôshirô, pourront-ils, malgré tout, se rapprocher d’elle ? Elle aura cette phrase : « Pourtant, seule mon apparence a changé ».

Comment donc expliquer les violences qu’elle subit ? Le fait de ne pas rentrer dans les prétendus canons de beauté retire-t-il les qualités d’une personne ? On voit aujourd’hui à quel point la violence s’est banalisée. Une violence qui peut pousser à l’irréparable. Le drama aborde des thématiques très difficiles. Les envies suicidaires, la souffrance, le rejet, la solitude extrême, l’incompréhension… Zenko l’a ressenti. Ayumi le ressent aujourd’hui et le dénonce. L’adolescente veut croire que le monde n’est pas uniforme. Que tout n’est pas pourri. Si certains la rejettent, d’autres, elle en est sûre, l’accepteront. Ayumi aussi peut faire bouger les choses. Elle veut faire changer les choses.

Rouge éclipse et les couacs scénaristiques

Les acteurs et actrices livres au jeu frais et sympathique. Miu Tomita (Zenko Umine) est criante de sincérité et de volonté. Les errances scénaristiques sont d’autant plus regrettables ! Quels est donc cette fantaisie de pincer les joues de Zenko ? Que dire des propositions regrettables telles que “Allons manger de GROS pancakes ?” “Tu viens hein, ils sont vraiiiment GROS ! Ou encore Tiens regarde faut manger “Testons donc le plus GROS flan”… Ces errances rappellent celles de Telle que tu es, avec un Yuki malaxant les bras de comme s’il s’agissait de pâte à pain.

Le rythme est là, surtout au début. On n’évite pas quelques grosses ficelles, ni un côté “princesse qui ne fait rien”. Très vite, la nouvelle Zenko (Ayumi) passe au second plan car, les affaires scientifiques seraient des affaires d’hommes. Ayumi est douée pour pleurer. Le côté “faisons intervenir les gars pour la science”, se retrouve aussi dans Ce printemps rémanent, un autre manga de Shiki KAWABATA.

Reste un drama qui fait réfléchir. Ayumi et Zenko doivent parler. Se parler vraiment. Vont-elles regagner leurs corps respectifs ? Comment regagner leurs corps respectifs ? Comment Shunpei et Kôshirô vivent-ils ce phénomène fantastique ? Quel regard chacun, chacune pose-t-il, pose-t-elle sur soi ? Quel regard pose-t-on sur les autres, sur le monde ? C’est à toutes ces questions que tente de répondre le drama fantastique Rouge éclipse.

Les infos en plus

Générique du podcast : Hands of the wind, de Manuel Delsol

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