L’album des souvenirs, la mélodie de l’été, les sourires voilés.

Nos mots comme des bulles au commencement

Les mots sortent parfois plus facilement par écrit. C’est ce que ressent Cherry, 17 ans. Passionné de haïkus (forme de poèmes courts japonais), il vit le monde comme une sensation. Une lumière, le bruissement du vent, un regard, un instant. Tout l’interpelle et se transforme en vers. Vivre ses écrits à l’oral relève pourtant du parcours de l’impossible pour se jeune homme fâché avec les sons, surtout les siens. Smile, au contraire, se raconte sur les réseaux sociaux. Streameuse énergique et populaire, elle enchante son quotidien à travers ses mots. Si la voix sort facilement, le sourire, lui, reste constamment planqué derrière un masque… Smile complexe sur ses dents. Impossible pour elle de se montrer sans son armure.

Mais l’été vient avec sa chaleur et ses imprévus, ses petits boulots et ses enquêtes. Là voilà qui rencontre Cherry. Les voici essayant de communiquer pour mener à bien leur mission d’été : rendre un peu de joie à monsieur Yamamoto, en retrouvant le précieux vinyle qu’il a égaré…

Derrière Nos mots comme des bulles

A l’origine du projet, un light novel sorti au Japon en 2019 (en 2022 en France). L’auteur, Kyôhei ISHIGURO, écrit サイダーのように言葉が湧き上がる (Cider no You ni Kotoba ga Wakiagaru), litt. « Les mots jaillissent comme la limonade (les bulles de) ». « サイダー» (saida) vient de l’anglais « cider ». On le traduit par « cidre » mais également par « soda, limonade ». A noter qu’on peut aussi écrire « soda » « ソーダ / soo-da ». Le light novel est sorti au Japon chez l’éditeur Kadokawa Shoten. En France, on le trouve chez Delcourt/Tonkam sous le titre « Nos mots comme des bulles ». Un manga d’Imo ONOO (fini en 3 tomes) est aussi sorti, chez les mêmes éditeurs. Et c’est aussi Kyôhei ISHIGURO qui réalise et scénarise le film d’animation.

Kyôhei ISHIGURO a plusieurs casquettes. On le retrouve à la réalisation, au scénario et au storyboard du film d’animation Nos mots comme des bulles (studio Signal MD). Dai SATO (Cowboy bebop, Wolf’s rain, Samourai champloo…) participe à l’écriture du scénario. Agraph signe les douces musiques d’été tandis que le groupe Never young beach nous entraîne dans leur univers chill pop-rock. Le décor est planté. Les mots comme les bulles nous font voyager. A noter que le film célèbre également les 10 ans du label de musique Flying Dog.

Nos mots comme des bulles à l’adolescence

Les souvenirs, les complexes, les maladresses, la romance. C’est tout ça dont nous parle Les mots comme des bulles. Pas facile de grandir. Les traits du visage qui passaient autrefois inaperçus semblent bouffer tout le corps. Les traits du visage que l’ont appréciait enfant nous font aujourd’hui horreur. Ce ne sont que des dents. C’est juste qu’une voix. Ce ne sont que des humains qui nous côtoient aujourd’hui, nous oublieront peut-être demain.

Tout paraît cependant grossi. L’univers est terriblement petit, au fond. Il tient dans un téléphone portable. Smile et Cherry ne le quittent jamais. Ils naviguent dans les mêmes décors. Le centre commercial, le centre d’accueil pour personnes âgées, la maison, la route pour aller au centre commercial, dans le centre d’accueil pour personnes âgées, la maison… C’est dans ce petit monde relié à l’univers planqué dans le téléphone que Smile, Cherry et leurs camarades vivent. On les suit, dans la chaleur de l’été, espace-temps à la fois mélancolique et joyeux, nostalgique, un peu douloureux. C’est tout ça, l’été.

Le film nous parle aussi du lien entre les générations, du lien familial qu’il faut préserver, de l’amour qui dure toujours, de la force de l’amitié. Les couleurs très pop, presque (trop) saturées, ajoutent paradoxalement au calme et à l’intime qui se dégage du film. Les couleurs sont très fortes ; tout le contraire des personnages, plein d’hésitations. Le paradoxe crée une belle alchimie, renforcée par la musique aux accents tantôt rétro et le fil rouge des haïkus.

Quelques longueurs ?

Tout de même, on se retrouve une nouvelle fois avec une jeune fille super énergique et un garçon un peu taciturne. Un duo très souvent vu dans ce genre de production. Pourquoi pas. Hélas, la « passion » de Smile me laisse assez indifférente. Filmer sa vie est certes dans l’air du temps. L’on dira qu’elle est une jeune fille « de son temps ». C’est justement ça qui tracasse. Cette image de fille un peu vide (j’exagère peut-être). Quoiqu’elle commet certaines maladresses qui font bondir. Oui aux rebondissements, mais mieux amenés, surtout pour cette pauvre jeune fille…

La passion des haïkus est plus intéressante (il faut dire que je suis plus à l’aise avec l’écrit). Il peut être d’ailleurs assez difficile de traduire les haïkus. Composés de 3 vers, cette forme de poème fait la part belle aux saisons et aux jeux de mots, aux jeux avec les sons. Le mot « ha », par exemple. En japonais, il peut signifier « feuille », comme une feuille d’arbre, ou « dent ». Les deux mots s’écrivent différemment mais se prononcent de la même façon… On verra d’ailleurs comment Cherry se sert de cela dans le film pour créer sans cesse.

Malgré quelques longueurs, maladresses (et des couleurs finalement trop saturées), Nos mots comme des bulles est un joli film d’été. Les personnages sont touchants et attachants. On passe un bon moment en leur compagnie. L’ambiance est là, les émotions aussi.

Virée Sunshine city

Le centre commercial du film d’animation m’a rappelé la célèbre Sunshine city, dans le quartier Ikebukuro est, à Tokyo. Si vous êtes en voyage dans le coin à la recherche d’un complexe de divertissement tout terrain, rendez-vous à la Sunshine city. C’est là que ce trouve le fameux Pokemon center. Le centre commercial compte aussi un observatoire (Sunshine60), des attractions (Sky circus…), et bien sûr, quantité de restaurants, de cafés et de boutiques de vêtements.

Les infos en plus

Nos mots comme des bulles, le site officiel (en japonais)

Nos mots comme des bulles, aux éditions Delcourt-Tonkam

Flying Dog, le label de musique

Sunshine city

Générique du Podcast : Hands of the wind, de Manuel Delsol 🙂

Crédit image : © Signal MD, 2020

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