L’Histoire dans l’histoire

Si temps exact du k drama Knight Flower n’est pas précisé, on discerne qu’il se passe à l’ère de la dynastie Joseon établit à la fin du XIVe siècle en renversant Goryeo, la dynastie au pouvoir à l’époque. Goryeo était alors en plein tumulte oppressée tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Plus précisément, le drama semble se situer dans la seconde moitié de l’ère Joseon. Après avoir entretenu de bonnes relations avec son voisin japonais durant les XIV et XV, le XVIe voit naitre des conflits. Le Japon exige d’étendre les accords commerciaux bilatéraux. Joseon refuse.

Le Japon, unifié par Toyotomi Hideyoshi, 2e unificateur du Japon (après Nobunaga et avant Tokugawa) envahit la Corée en 1592. La guerre dure jusqu’en 1598. La situation des femmes coréennes régresse profondément suite au conflit.

Knight Flower derrière le masque

Jo Yeo Hwa semble mener une vie tranquille. Belle-fille d’une riche famille, elle ne manque de rien. Mais son luxe tranquille cache une situation plus pénible. Jo Yeo Hwa est veuve. Un veuvage survenu le jour de son mariage ou presque. Privée d’avenir, elle est désormais contrainte d’honorer la mémoire de son défunt mari jusqu’à sa mort. Ses rares sorties ne peuvent se faire sans l’aval de sa belle-mère. Belle-mère qui ne cesse de lui rappeler comment tenir son rang de veuve digne…

Les journées de Joe Yeo Hwa devront donc se passer ainsi, à moins qu’elle ne veuille écourter ses jours de manière « honorable » en suivant son époux dans la mort… Mais Jo Yeo Hwa veut vivre. Pour sortir de sa prison dorée, elle n’a qu’une solution : être elle-même en devenant une autre. La nuit, alors que le monde dort, Jo Yeo Hwa se transforme en justicière. Défendre ceux qui n’ont rien : voilà sa mission. Tout se passe bien, jusqu’au jour où se dresse sur son chemin un autre être épris de justice : le surintendant Park Su Ho.

Casting

Knight Flower est un drama coréen réalisé par Jang Tae Yoo (Lovers of the Red Sky, Hyena…). Le scénario est signé Lee Saem et Jung Myung In. Lee Ha Nee (aussi connue sous le nom Honey Lee / Pasta, The Fiery Priest, Wonder woman…) incarne la justicière Jo Yeo Hwa. Lee Jong Won (In Your Dream, Bad Memory Eraser…) joue l’officier Park Su Ho. Le drama est disponible sur Netflix et Viki.

Belle surprise et agréable divertissement qui, derrière ses nombreuses scènes d’action et ses situations comiques, fait réfléchir sur le sort de ceux que l’on prive de liberté. Encore en plein visionnage (épisode 9), je découvre et apprécie le jeu de l’actrice Lee Ha Nee, qui incarne une Jo Yeo Hwa drôle, empathique, brave et déterminée. Les autres actrices et acteurs sont tout aussi talentueux, à l’instar du premier rôle masculin, Park Su Ho, interprété par Lee Jong Won.

Quelques fils blancs

Certes, on relèvera quelques facilités ou situations trop convenues. Avec une héroïne aussi avant-gardiste, on s’attendait à plus de bousculades au plus haut sommet du pouvoir. Hélas, à certains moments, on semble retrouver un schéma assez cliché des hommes tractant seuls pour protéger les femmes. Heureusement, cette sensation ne dure pas.

Une Fleur pour la révolution

Knight Flower lève aussi le voile sur la situation des veuves et des pauvres. Déjà invisibilisées, les femmes disparaissent encore un peu plus lorsqu’elles deviennent veuves. Les riches vivent bien à l’écart des préoccupations populaires. Lorsqu’ils s’inquiètent du sort des plus démunis, c’est parfois pour mieux servir leurs intérêts… mais tous ne jouent pas double jeu. Jo Yeo Hwa se préoccupe sincèrement des nécessiteux. C’est pour eux qu’elle met sa vie en danger. Situation paradoxale : au lieu de s’extraire de sa condition, elle aide les autres à avoir une vie meilleure…

Jo Yeo Hwa estime en effet que sa meilleure position reste dans sa belle-famille, qui lui laisse tout de même un peu de liberté. Sa situation est plus enviable que celles d’autres veuves. Mais si Jo Yeo Hwa ne se plaint pas, elle critique tout de même sa condition, et le sort terrible des minorités.

Grand écart ?

Les deux acteurs qui jouent la justicière et l’officier ont respectivement 41 et 29 ans. Une anecdote qui n’a rien à voir avec le déroulement de l’histoire. Et pourtant. Pour certains, l’âge de Lee Ha Nee (41 ans) est problématique. Cette différence d’âge nuirait à l’histoire. Mais ne s’agit-il pas plutôt du contraire ? Non seulement il n’y a aucune nuisance, mais en plus, cet écart soulève de manière indirecte la question de l’âge.

Fiction vraie vie

Dans les fictions comme dans la réalité, on ne compte plus les couples où l’homme est le plus âgé. Il n’est certes pas question de couple dans Knight Flower, mais le duo de justiciers présente un écart d’âge jugé problématique par certains. Dans nombre de pays, il est communément admis que l’homme soit le plus vieux dans le couple. De célèbres exemples présentent des couples où l’homme a 15, 20 ans de plus que la femme, sans que cela provoque un émoi. L’inverse est moins vrai.

Au cinéma comme dans la mode, on aime encore trop souvent montrer des jeunes femmes dans des rôles de femmes mures. Les joliettes posent pour des crèmes antirides. Les trentenaires jouent les cinquantenaires. Il reste difficile, pour les actrices de plus de 40 ou 45 ans, d’avoir de bons rôles. Les hommes, eux, conservent tout leur prestige malgré leur peau tombante et leurs cheveux blancs. « Vieillir jeune ». Voilà le drame que l’on veut imposer aux femmes. Et lorsqu’elle fréquente un homme plus jeune, elles se griment en « cougars ». Il a fallu un vocable pour qualifier ce type de relation, quand les hommes, eux, ne se sont jamais vu affubler d’aucun surnom.

Action Knight Flower

La grande force de Knight Flower est de présenter des héroïnes qui refusent de se conformer au modèle établi. Jo Yeo Hwa renverse les principes imposés. Malgré la dureté de l’environnement, l’action omniprésente et les moments d’humour parviennent à créer une ambiance assez douce.

Mais cette ambiance fait ressortir toute l’étrangeté de certaines dispositions, notamment concernant les femmes. Exemple avec le livre « Instructions pour les femmes ». Premier livre écrit par une femme coréenne, la reine Sohye, le livre empreint des valeurs de Confucius entend dicter aux femmes la bonne manière de vivre… en leur interdisant presque tout. Le drama tourne à plusieurs reprises ces instructions en dérision, pour montrer toute l’horreur de ces principes. D’où le rôle de Jo Yeo Hwa, essentiel, pour montrer qu’une autre voie est possible.

Les infos en plus

Knight Flower, le site officiel

Générique du podcast : Hands of the wind, de Manuel DELSOL

Effets sonores : ⁠Zapsplat.com⁠ 

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