Précédemment dans Deep 3

Rien pour tous, tout pour moi ?

La fin du tome 2 de Deep 3 laissait Damian en pleine confrontation pour gagner sa place dans l’équipe des Gauchos du SLAC. L’adolescent vit désormais chez son père. Il est inscrit au SLAC, un junior college de Los Angeles. Lamarcus KNIGHT, l’assistant coach des Gauchos, et Bob WILKINS, le coach, organisent les sélections pour entrer chez les fameux Gauchos. En lice, Bruce PASS, meneur, Joe MAYO, ailier fort, Chris ANTHONY, arrière… et bien sûr, Damian. Mais son jeu collectif ne plait à personne. L’équipe n’a d’équipe que de nom, et personne ne se fait de cadeau. Mais le club paie cher les individualités et l’agressivité de ses joueurs. Les matchs perdus sont autant d’espoirs qui s’éloignent pour des adolescents qui, pourtant, rêvent de se hisser au sommet de la NBO. Damian et son esprit partageur perdent leur place… mais en retrouvent une presque aussitôt. La personnalité de l’adolescent détonne. Il pourrait bien être le liant qui manque tant à aux Gauchos…

Tout pour mon équipe !

Dans le tome 2, j’avais évoqué quelques réserves concernant les caractères de certains joueurs et l’absence d’esprit d’équipe. Mais je gardais un avis globalement positif sur le manga. Ce tome 3 le confirme, en nous entraînant aux États-Unis, dans les « fabriques de champions ». Avant la gloire sur le parquet, il faut trimer dans les clubs lycéens et universitaires. Pas de cadeau pour Damian. Personne n’a de cadeau. C’est la guerre.

Le changement d’environnement (on est aux États-Unis depuis le tome 2) et surtout, la plongée dans les juniors colleges américains apportent un nouveau rythme et une nouvelle dynamique. On apprend beaucoup sur ce monde à part qui propulse les jeunes joueurs vers l’avant ou les brise. Beaucoup d’appelés, mais peu d’élus… Damian part même avec un handicap : comment intégrer dans une équipe un joueur atteint par le yips ?

Racisme dehors et dedans

Damian ne doit pas seulement faire face à l’incrédulité de certains membres de son équipe quant à ses capacités. Il doit également faire face au racisme. Au Japon, on le traite d’étranger alors qu’il est Japonais. Aux États-Unis, c’est l’inverse. Insultes proférées en plein match, pour, bien sûr, déstabiliser l’adolescent… Encore une fois, le problème vient des autres, qui remettent en cause les origines de Damian, qui l’obligent à se poser sans cesse la question de ses origines, alors qu’elles sont claires. Il est Japonais. Est-ce si extraordinaire ? Mais Damian résiste bien. Loin de se laisser abattre, il garde sa concentration. L’adolescent compte bien montrer sa vision de l’esprit d’équipe, son jeu, son basket.

O mon expat

Un point sur l’expatriation (déjà évoqué dans l’article précédent, avec les joueurs expatriés de Chikugo Daini). Au sens large, on parle d’expatrié pour désigner celui qui a quitté son pays pour résider dans un autre. Au sens juridique, l’expatrié est celui qui part dans le cadre d’un contrat d’expatriation (un fait bien plus rare aujourd’hui). Dans tous les cas, l’expatrié est aussi celui qui immigre dans un autre pays. Contrairement à certaines idées reçues, les mots « expatrié » et « immigré » renvoient à une même réalité. On constate cependant que le premier (expatrié) est plus valorisé que l’autre. Une valorisation qui remonterait à création même du mot « expatrié ».

D’après Laura CALABRESE, chercheuse en science du langage et autrice de Penser les mots, dire la migration, c’est dans l’histoire du mot « expatriation » que l’on trouve des réponses. Une histoire qui remonte à la colonisation, avec des Occidentaux envoyés avec des contrats d’expatriation à l’étranger désireux de se démarquer des immigrés, contraints à l’expatriation par le même système colonial…

Immigrexpat

Bien entendu, aujourd’hui, c’est plutôt la définition large de l’expatriation qu’on retient. Néanmoins, la différence de traitement demeure. Il semble même s’être fait, dans un certain inconscient qui se voudrait collectif, une hiérarchisation entre l’expatrié, l’immigré, et le migrant. On associe migrant à tout un univers (pauvreté, misère…) qui ne figure pas dans la définition du mot. Car le migrant est simplement celui qui vit dans un pays dans lequel il n’est pas né. L’Organisation Internationale des Migrations définit le terme ainsi :

« Terme générique non défini dans le droit international qui, reflétant l’usage commun, désigne toute personne qui quitte son lieu de résidence habituelle pour s’établir à titre temporaire ou permanent et pour diverses raisons, soit dans une autre région à l’intérieur d’un même pays, soit dans un autre pays, franchissant ainsi une frontière internationale. »

Loin des imaginaires et de leurs dérives, migrant, immigré et expatrié se retrouvent au sein d’une même personne. Exit donc les prétendus expats privilégiés; eux aussi peuvent partir chercher du travail ailleurs, fuir la pauvreté, gagner plus et gagner mieux, etc.

L’indispensable esprit d’équipe

Retour à Deep 3. Le sang-froid de Damian force le respect. On le félicite d’autant plus qu’il est encore adolescent, qu’il vient de quitter le Japon et sa mère, qu’il débarque aux États-Unis, dans la vie de son père, un père qui jamais ne s’est occupé de lui… Cela fait beaucoup pour un enfant. Pourtant, Damian garde son calme et tente d’analyser les différentes situations qui se présentent à lui. S’il en veut au début à son père, il reconnaît néanmoins que c’est grâce à lui qu’il peut vivre à Los Angeles. Il se montre reconnaissant et accepte les conseils paternels.

Le caractère calme et posé de Damian apporte un vent frais aux Gauchos du SLAC, un vent frais dans le manga. Les autres joueurs en ont bien besoin. Ils ne s’en rendent peut-être pas compte, mais ils changent progressivement sous l’influence du jeune adolescent… De là à constituer une véritable équipe ? C’est le premier exploit que devra accomplir Damian, pour espérer se hisser parmi les étoiles de la NBO.

Après un tome 2 prometteur, mais qui soulevait quelques interrogations, le tome 3 enlève les derniers doutes et impose un nouveau rythme. Le zoom sur les juniors colleges americains apportent une nouveauté bienvenue. Les mangas se passant en dehors du Japon ne sont pas légion ; Deep 3 marque des points pour ce 3e tome dynamique.

Les infos en plus

Deep 3 tome 3 aux éditions Mangetsu

Organisation Internationale des Migrations

“L’expatriation est-elle un euphémisme pour ne pas nommer l’immigration?” : article d’Ingrid FALQUY / Slate, 30 avril 2019

Générique du Podcast : Hands of the wind, de Manuel Delsol

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