En japonais, l’onomatopée « bota bota » fait référence à l’eau, qui coule au goutte à goutte. C’est un son apaisant, doux, agréable. Mais pour Mako, l’héroïne du manga Bota Bota, rien de doux ni de paisible. Sa vie est une recherche incessante d’amour et de stabilité. Une recherche qui se termine toujours dans un bain de sang.
Sorti en 2020 au Japon, chez Nihon Bungeisha, en octobre dernier en France (chez Ki-oon), Bota Bota est un manga en un tome d’ITAGAKI Paru (Beastars, Santa). Derrière son côté provocateur, cette tranche de vie est une réelle quête pour trouver le bonheur, et surtout, s’aimer tel.le qu’on est.
Bota Bota
Si le manga est classé « pour public averti », c’est qu’il présente à plusieurs reprises Mako, l’héroïne, et d’autres, dans leur tenues les plus simples. Mako recherche l’amour, le vrai, celui qui ne s’embarrasse pas de couches de vêtements compliqués, de sentiments faux et mal placés. Elle veut un amour qui supporte tout, même ses geysers ensanglantés. Et comme elle ne le trouve pas et que le temps presse, elle saute le flirt, les préliminaires, et se rue faire son affaire. Hélas, à chaque fois, seul le sang se déverse par torrents.
C’est que la saleté provoque chez Mako des réactions incontrôlées. Son nez gicle, refait la tapisserie, le revêtement de sol, tout. Impossible pour la jeune femme d’avoir une vie sociale épanouie, et encore moins une vie amoureuse. Mako ne comprend pas d’où vient son trouble. Mais elle sait comment guérir : par l’amour, évidemment.
Second degré premier degré
Le manga Bota Bota propose plusieurs degrés de lecture. Premièrement, le côté provocateur nous explose au visage. Les habits sautent, le sang aussi. Le trait de la mangaka ajoute à ce côté brut; le vocabulaire lui aussi est très cru. Disons-le : Mako effraie, à courir ainsi dans la rue avec son désir inassouvi. Certains de ses propos pourront d’ailleurs déplaire ou déstabiliser.
Il faut cependant les prendre au second degré. Il faut surtout discerner le message du manga contre les comportements sexistes : que dire de ces hommes qui déversent leurs ragots et leur perversion sur leurs collègues féminines de travail ? Qui enchaînent les coups d’un soir, et traitent les femmes comme des objets ou des bouts de viande, mordues un jour, jetées demain ?
Présent passé excès
Le manga lève également le voile sur le passé et ce qu’il entraîne dans le présent. Comment s’en sortir quand on vous a inculqué des façons de penser déplacées, mais qu’on a fait passer pour de nobles valeurs ?
Et que dire de ce sang qui se déverse partout ? C’est trop, bien entendu. Tout est « trop » dans ce manga. Le sang coule à l’infini. Mako, bien en vie, traque ses proies, les invective, ça vient, oui ! Mais on peut justement y voir une manière de dépeindre la complexité des sentiments humains, parfois tordus, cyniques, à côté de la plaque. Ce sang ne serait-il pas la peur de Mako ? Une peur enfouie, un rejet des autres et/ou d’elle même…
Et si Mako cherchait avant tout à s’aimer, elle ? A travers cette quête désespérée, acharnée, presque brutale, de relations charnelles, on découvre que l’amour ne se trouve pas dans ces actions… dénuées d’amour. L’union des corps devrait être la conclusion d’un cheminement conscient, sage et éclairé, pas une pulsion strictement charnelle.
La fin du manga, ouverte, est juste. C’est en tirant sur toutes les cordes que l’autrice fait tenir cette histoire hors normes. Ici, l’excès et la provocation permettent de mettre en lumière la sincérité de Mako. Tout le monde veut être heureux. Mais au lieu de chercher des raccourcis, on pourrait prendre le temps d’aller à sa rencontre. Prendre le temps de se regarder avec bienveillance.
Les infos en plus
- Crédit image Bota Bota © ITAGAKI Paru / Nihon Bungeisha (2020)
- Bota Bota : éditions Ki-oon
- Générique du podcast : Hands of the wind, de Manuel DELSOL
- Effets sonores : Zapsplat.com


