Précédemment dans Ocean Rush

Les jeunes gens

On a laissé Umiko et Kai au bord de l’eau, un projet génial dans la tête. Umiko veut faire un film sur Kai. Si le sujet est là, les moyens techniques laissent encore à désirer… À commencer par l’expérience. Umiko en manque, et oui, on ne devient pas grande réalisatrice en un jour ! Umiko le sait, et redouble d’efforts et de courage pour gagner en compétence. C’est bien connu : pour filmer, il faut… observer. Une scène qui semble coller dans la réalité tombera à plat dans un film.

Comment filmer une discussion entre jeunes amis ? Et de quels jeunes amis parle-t-on ? Jeunes comment ? Qui sont les jeunes gens ? Dans le langage, la façon de bouger, de s’exprimer ? C’est quoi d’abord, « le langage jeune » ? Rien que le dire rend l’expression étrange, et nous fait passer pour des vieux. Et alors ? Il faut bien avoir cet âge un jour. Umiko ne cherche pas à rajeunir, au contraire. De l’expérience, elle en a aussi. Elle doit juste apprendre à en tirer le meilleur, à la mettre en valeur. À apprendre à s’apprécier, pour chasser la déprime qui revient parfois tourmenter son cœur.

Plonger plus profond

Umiko regarde ses jeunes camarades étudiants comme si elle observait une scène au cinéma… Ils débordent de vie et d’émotions. Mais elle aussi déborde, à sa manière. Et elle aussi veut observer ces jeunes dans leurs milieux. En boîte, pourquoi pas ? Umiko plonge. Une manière pour elle de se rapprocher de ces jeunes camarades étudiants… elle découvrira les douleurs de ces jeunes qui peinent parfois à gérer leurs émotions. Elle découvrira Kai sous un nouveau jour. Un nouveau rapprochement qui l’interpelle. Peut-elle plonger encore plus profond dans l’océan ? Est-il trop tard pour regagner le rivage ? Oui, non, pourquoi marcher quand on peut nager, sombrer un peu plus ou flotter, observer beaucoup, se nourrir des images, des scènes, des sons, sentir la vie autour de soi pour pourvoir la restituer à sa sauce, avec des langages de jeunes et des influenceurs.

« Ces gens-là »

Le tome 2 d’Ocean Rush, introduit un nouveau personnage, Sora, influenceur à l’air effronté. Sans doute son nombre de followers qui lui est monté à la tête. Umiko réalise que « derrière la caméra » ne signifie pas forcément « tourner un film ». Bien sûr, elle connaît les réalisateurs de séries, d’anime, de clips… Mais elle n’avait pas vraiment pensé aux influenceurs. Elle les connaît, oui, bien sûr. Un peu. Vite fait.

« Ces gens-là ». Il existe d’autres « ces gens-là » qu’Umiko dit ne pas connaître et n’avoir jamais vus. Il existe beaucoup de « ces gens-là » inconnus qu’Umiko ne fréquente pas. Elle en parle malgré elle comme une autre espèce, peut-être humaine, elle ne sait pas, elle n’a jamais rencontré « ces gens-là ».

Peut-être vous est-il déjà arrivé de parler de « ces gens-là » pour évoquer un groupe, une masse, un concept que vous ne saisissez pas. Vous évoquez malgré vous ou volontairement « ces gens-là » qui vous dépassent, que vous ne comprenez pas. Passe encore si c’est involontaire, comme pour Umiko. Lorsqu’on le lui fait remarquer, elle réalise que sa vision du monde est étriquée.

Vision réduite

« Ces gens-là » qu’elle n’a jamais rencontrés, Umiko les a sûrement déjà croisés. Elle les juge parce qu’elle ne comprend pas leur univers. Le concept lui échappe. Est-ce la faute aux étiquettes qu’on colle trop souvent sur la tête des personnes ? Mais les étiquettes ne sont-elles pas aussi des définitions ? Des bannières qui unissent ? Bien sûr, oui, encore heureux, mais parfois à double tranchant. « ces gens-là » est condescendant.

Les personnes qui l’utilisent volontairement le savent. C’est d’ailleurs pour ça qu’elles l’utilisent : « ces gens-là » sauf elles. « Ces gens-là » leur sont forcément inférieurs. « Ces gens-là » sont déviants, inadaptés au monde, incompatibles avec les autres, les autres et soi, soi forcément supérieur, moi qui connais forcément mieux que toi qui ne connais pas parce que tu es « ces gens-là ». Moi qui connais le monde entier, le monde sans toi, la marche du monde sans « ces gens-là ». C’est terrible d’utiliser « ces gens-là » volontairement. Umiko ne l’a pas fait exprès, on l’a dit. Elle repense à son attitude. Elle a honte.

Ce qu’il y a de terrible aussi, c’est que l’expression « ces gens-là » juge sans connaître. Elle pose un avis définitif sur des personnes qu’on ne connaît pas. On peut entendre, par exemple « Je ne suis pas comme ces gens-là ». Je me positionne au-dessus des autres. Vous me direz, « Certes, mais si gens-là ont commis des actes répréhensibles, par exemple ». Mieux vaut alors les nommer, les individualiser plutôt que les gommer dans un groupe qui n’a de groupe que le nom.

Océan de questions

Comment Umiko peut-elle ne regarder le monde qu’à travers ses petits yeux, sa petite expérience ?

Comment peut-elle juger les autres, qui sont pourtant autant de mondes qui existent, au même titre que le sien ?

Et Kai, finalement, comment le voit-elle ?

Comment le filmer si elle ne le regarde qu’à partir de son monde étriqué ?

Pourquoi ne pas plonger encore, partir découvrir sans a priori, aller véritablement à la rencontre de l’autre, tendre la main, se laisser attraper, transformer, submerger ? Umiko ose se remettre en question. Interroger ses peurs et plonger plus profond. Au risque d’être submergée. Quelqu’un, peut-être, l’apercevra au fond de l’océan. Même sur un bout de terre, il y a toujours quelqu’un, un regard bienveillant, une âme sympathique. Le monde est rempli de gens bien. Toujours aussi poétique, l’excellent manga Ocean Rush continue de nous ravir.

Les infos en plus

Retrouvez Ocean Rush aux éditions Akata

Générique du podcast : Hands of the wind, de Manuel Delsol 🙂

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