Le Grand Magasin
Le Grand Magasin – Au Bonheur des Animaux, c’est le très joli film d’ITAZU Yoshimi, du studio Production I.G, avec le scénario de OSHIMA Satomi, et Tofubeats pour les musiques. Sorti en France le 6 décembre 2023, le film adapte le roman graphique « La concierge du grand magasin » de NISHIMURA Tsuchika, publié chez Le Lézard Noir. Le titre original du film est d’ailleurs 北極百貨店のコンシェルジュさん (Hokkyoku Hyakkaten no Concierge-san) . Car « Hokkyoku » c’est le nom du grand magasin. Hokkyoku veut dire « pôle nord » et « Hyakkaten » signifie « grand magasin ». Le « Grand Magasin du pôle nord » en somme… Un Grand Magasin dévoué à ses précieux clients : les animaux.
Akino démarre sa nouvelle vie de concierge au Grand Magasin. Motivée et dynamique, elle fait de son mieux pour être à la hauteur. Car Akino est encore en période d’essai, et les places sont chères ! Son superviseur, l’impressionnant Tôdô san, capable de surgir d’une marmite en feu, est là pour le lui rappeler à chaque instant (vraiment, à chaque instant). Derrière ses airs sévères (qui prêtent plus à sourire qu’autre chose) Tôdô san apprécie beaucoup Akino. La concierge débutante prend exemple sur le professionnalisme de ses collègues pour gagner en compétences.
Et elle apprend au pas de course ! Elle dévale les étages pour satisfaire les clients du Grand magasin. Les fêtes de Noël approchent, il s’agit de ne surtout pas se tromper ! Maladresses et balourdises interdites ! Surtout, ne pas offusquer le client. Répondre à toutes ses demandes. Avec le sourire, et la révérence ! Tôdô san le rappelle à chaque instant : parmi ces clients figurent les très précieux VIA, Very Important Animals. On vous l’a dit, le Grand magasin est entièrement dédié aux animaux. Les humains sont à leur service, et se doivent de les satisfaire…
Au Bonheur des Animaux
Le film est poétique, lumineux, enjoué, porté par une Akino tout aussi enthousiaste et volontaire. Bien entendu, les clients du magasin donnent aussi le ton du film. Le gentil père vison de mer qui cherche un cadeau pour sa fille, la fille reconnaissante qui souhaite faire plaisir à son père, le lion de barbarie à la recherche d’un parfum des temps anciens…
Les précieux clients du Grand Magasin sont tous différents. Les très riches côtoient les très modestes, les acteurs passent à côté des employés, les apprentis croisent les entrepreneurs… Mais Akino ne fait aucune discrimination et sert chaque client avec la même courtoisie. Observatrice et persévérante, elle veut en savoir plus sur eux pour mieux les servir. La voici repartie dans une course dans l’immense Grand Magasin pour trouver le cadeau, le mot qu’il faut, l’attention délicate, et toujours, avec le sourire, avec l’attitude, la révérence, le client est roi, ne l’oublions pas !
Le Grand Magasin où la prison dorée
Le film nous rappelle aussi que nous autres, qui nous vantons d’être humains, sommes parfois bien cruels. Le Grand Magasin est-il l’image de la liberté ou de la prison dorée ? Car tous les précieux clients du Grand Magasin partagent un point commun : ils n’existent plus, ou sont en voie de disparition. Comment ne pas y voir un renvoi à nos attitudes, notre vision du monde, un monde que l’on pense doté de ressources infinies, quand cela nous arrange ? Les animaux sont-ils de simples ressources dans lesquelles puiser jusqu’à ce qu’elles se tarissent ? Et voilà l’homme qui colonise, tue et pille, et voilà l’extinction qui arrive, les consciences qui se réveillent, la course qui s’engage pour préserver le peu qu’il reste. On le voit aujourd’hui avec l’urgence climatique.
Culpabilité
On le voit aussi à travers le combat de toutes celles et ceux qui veulent préserver leur habitat, leur culture, espérer un futur. On le voyait hier, avec les prétendues conquêtes humaines. La culpabilité entend rétablir les situations et ne trouvent très judicieux de parquer les survivants dans des habitats, des réserves, des abris petits ou grands, des magasins luxueux ou non.
Certains n’ont vu que le consumérisme du Grand Magasin et l’ont trouvé contradictoire avec le message positif porté par le film. C’est pourtant bien cela, oui : nous sommes contradictoires. Nous plantons des arbres là-bas pour mieux polluer ici, et pensons que tout va bien. Affronter la culpabilité est trop contraignant. Nous préférons parfois marcher les yeux voilés. Akino et les humains du Grand Magasin se confrontent à leur culpabilité et tentent de la dépasser. Derrière le ton enjoué du Grand Magasin se cachent plusieurs degrés de lecture, et autant de messages forts que porte ITAZU Yoshimi.
Le Bonheur Retrouvé
Connaissez-vous ISETAN Mitsukoshi et Takashiyama ? Ce sont des chaînes de Grand Magasins japonais qui ont servi de référence pour le film. Ces deux chaînes existent depuis bien longtemps : le Groupe ISETAN Mitsukoshi : Mitsukoshi est le plus ancien, fondé en 1673 ; Isetan est crée plus tard, en 1886. Takashiyama a été fondée en 1831.
On se laisse volontiers emporter par cette danse de chaque instant. Le film est captivant. Les dessins, les couleurs douces et lumineuses apaisent. La musique ajoute à l’ambiance chaleureuse. Voilà bien ce qu’il se dégage du Grand Magasin. Malgré le consumérisme, malgré toutes ses produits qui ne demandent qu’à être achetés par les clients, il y a la chaleur, la bienveillance, les rencontres d’un instant ou de toujours. Le Grand Magasin est comme un phare dans la nuit. Il y fait toujours jour, et tout finit toujours par aller mieux. Les concierges entretiennent une relation privilégiée avec des clients qui deviennent des réguliers, des clients fidèles. Se noue un lien délicat et fort, un lien d’amitié, peut-être ? Akino en est certaine, et elle a bien raison. Il se cache bien un trésor, derrière tous les beaux articles du Grand Magasin : le bonheur retrouvé.
Le Grand Magasin est vraiment un très beau film, idéal pour Noël. Enfants, ados, adultes… toutes les générations passeront un joli moment avec les chers clients et personnels du Grand Magasin. Mention spéciale à Gift, la douce chanson de Myuk, produitepar tofubeat.


