Précédemment dans Entre les lignes

Escalier normal ascension bancale

Le tome 7 s’est achevé sur le scandale de ces facultés de médecine qui discriminaient les étudiantes… Un scandale qui a aussi éclaté dans la réalité. La lutte continue, au Japon. Le classement mondial 2023 sur l’égalité des sexes relègue encore le Japon parmi les derniers. Le Japon est 125e, sur 156 pays étudiés. L’an dernier, il était 116e sur 156 pays étudiés. À titre de comparaison, la France est 40e (elle était 15e l’an dernier). Le Canada est 30e (25e l’an dernier). Dans le top 10, on retrouve, dans l’ordre, l’Islande, la Norvège, la Finlande, la Nouvelle-Zélande, la Suède, l’Allemagne, le Nicaragua, la Namibie, la Lituanie et la Belgique. La Lituanie et la Belgique ne faisaient pas partie du top 10 l’an dernier, de très peu, pour la Lituanie, qui était 11; la Belgique était 14e .

Effet d’annonce ?

Peu mieux faire, donc. Les femmes japonaises continuent leur combat face à un gouvernement pour qui tout semble normal… Certes, le récent et vaste remaniement gouvernemental de Kishida (le 13 septembre 2023) a vu entrer des femmes à des postes-clés. 5 femmes composent désormais le gouvernement, dont Yoko Kamikawa, membre du parti conservateur au pouvoir, le PLD (Parti Libéral Démocrate), nouvelle ministre des Affaires étrangères, plusieurs fois ministre de la Justice entre 2014 et 2021.

Certains craignent un effet d’annonce. En baisse dans les sondages, Kishida chercherait à renforcer sa cote de popularité en vue des élections internes de 2024. L’image du gouvernement s’est ternie après plusieurs ratés, notamment concernant l’inflation et My Number, le système national d’identification individuelle. La nomination de Yoko Kamikawa en étonne d’ailleurs plus d’un. Elle remplace Yoshimasa Hayashi, qui n’enregistrait pas de bilan négatif ni ne suscitait l’hostilité des électeurs… Effet d’annonce, donc ? Le nombre de femmes au gouvernement reste en effet très limité.

Être là « correctement »

Beaucoup d’incompréhensions demeurent entre les personnes, les générations, entre les différents cercles sociaux. Au lycée, les camarades d’Asa ne savent comment s’adresser à elle. Ce qu’elle a vécu n’est pas « normal » et ils butent sur les mots. Faut-il lui poser l’interroger ? Et que lui demander, d’abord ? Asa surprend leurs interrogations et leurs craintes.

Difficile de trouver les mots justes devant la personne endeuillée. L’est-elle toujours au moment où l’on se parle ? Peut-on l’interroger au moment où l’on apprend la nouvelle, même si on l’a apprise des années plus tard ? N’est-ce pas faire revivre le drame ? N’est-ce pas du voyeurisme ?

Peur de mal faire, d’être maladroit… Se mettre à la place de l’autre est un premier pas vers l’empathie, tout en reconnaissant aussi que l’autre personne n’est pas nous et attendra peut-être une autre réaction. Que faire, alors ? Il n’y a pas de réponse unique. Chacun peut essayer d’être là.

La fièvre dans les yeux et les doigts

Être là, c’est déjà ça. Être là « correctement ». Avoir le comportement « normal ». Encore des formules qui amènent d’autres questions. L’enquête vient vite, à travers des flots de questions maladroites ou clairement voyeuristes.

Que cherche-t-on ? Veut-on compatir, consoler, soutenir, ou à satisfaire une soif de faits divers ? Se croit-on sur une scène de crime ? Dans la peau d’un enquêteur ? Au cœur d’une série policière ? L’empathie disparaît parfois derrière la passion pour l’anecdote…

On le voit par exemple dans cette fièvre qui prend les yeux et les doigts lorsqu’on navigue sur Internet. On veut consulter sa boîte mail et on se surprend à cliquer sur les annonces. Un titre racoleur ici, un autre là. 30 secondes plus tard, on se rend compte que le titre était totalement infondé, mais c’est trop tard, on lit, et on lira encore 3 ou 4 autres articles… 20 minutes ont passé et nous voici la tête remplie du vide de l’Internet.

Normal – e …

« Mais elle, elle est complètement normale, non ? » Asa entend une autre question de ces camarades. Ils ne savent pas qu’elle est là, derrière la porte, et qu’elle entend toutes leurs interrogations. « Mais elle, elle est complètement normale, non ? »

« Normal »

Qu’est-ce que « Normal » ?

Normal : « ce qui correspond au modèle » « sans anomalie, correct, répandu, pratique courante, usel, quotidien » « standard, ordinaire, habituel » « ce qui est d’usage, légitime, compréhensible »… Selon les contextes, « normal » revêt plusieurs casquettes.

Asa est-elle « normale » ? Correspond-elle « au modèle » ? Asa est-elle « répandue, standardisée, ordinaire, légitime, compréhensible »… compréhensible pour qui ? Standardisée par rapport à qui ? Faudrait-il comprendre qu’il existe un modèle standard de la lycéenne, du lycéen ? Ou alors, un modèle standard de l’adolescente, de l’adolescent ? Peut-on dire « ou » ou alors, faut-il dire « et » ? Le modèle standard de la lycéenne est-il le même que celui de l’adolescente ? Faudrait-il postuler que toute adolescente est lycéenne ? Ce n’est bien entendu pas le cas.

Standard normal

Le modèle standard a-t-il des frontières et si oui, quelles sont-elles ? Sont-ce des frontières géographiques, ici, le Japon ? Et pourquoi pas des frontières régionales ? Le modèle de Hokkaido est-il le même que celui d’Okinawa ? Et pourquoi pas des frontières à l’échelle d’une ville ? Le modèle de Niigata est-il celui de Kagoshima ? Pourquoi pas des frontières par quartier ? Le modèle du quartier d’affaires est-il le même que celui du quartier commerçant ?

Et pourquoi pas des modèles en fonction des catégories socioprofessionnelles ? Et pourquoi pas des modèles en fonction des centres d’intérêt ?

On comprend où les camarades d’Asa veulent en venir. On comprend bien les différentes utilisations de « normal ». Mais le terme est parfois utilisé de manière maladroite… Normal contre anormal, donc. Qu’est-ce qui serait anormal, concernant Asa ? Voilà encore une question qui en entraîne bien d’autres…

Confidences

Emiri aussi s’interroge. Être ami signifie-t-il « tout se dire » ? Mais Emiri aimerait bien le dire, au moins à Asa, son amie. Emiri ne sort pas avec un garçon, mais avec une fille. Voilà donc ce que l’adolescente taisait depuis le début du manga… La petite-amie paraît très posée et tranquille. Ses parents ont hâte de rencontrer Emiri. De son côté, l’adolescente s’est confiée à Makio, la tante d’Asa…

Et Asa, à qui se confie-t-elle ? L’adolescente est repartie dans son enquête sur son père disparu. Elle était déjà en plein questionnement dans les tomes précédents. Les questions amènent des actions nouvelles. Elle perquisitionne la mémoire de ses proches : quelle relation ont-ils avec leur père ? Comment était leur enfance ? Leur père les aime-t-il ? Des questions auxquelles on ne pense pas au quotidien, surtout la dernière. Les réponses sont spontanées, vives, embarrassées, contrariées… C’est que les questions obligent à se confronter à des réalités peut-être douloureuses. Les questions ravivent des souvenirs, heureux pour les uns, plus difficiles pour les autres…

Le droit de savoir

Asa poursuit son enquête sur le lieu de travail de son père. Les collègues, embarrassés, font penser aux camarades de classe d’Asa. Leur regard semble plein de « pauvre petite »… Ils ne savent pas quoi lui dire. Mais « pauvre petite » par rapport à quoi, à qui ? Les collègues compatissent-ils devant le drame familial ou craignent-ils de révéler à Asa qui était son père… ? Les questions amènent encore des questions, des questions, des questions, des questions, un océan d’interrogations, un désert en points de suspension.

Bientôt la dernière ligne pour le manga Entre les lignes. La série s’est achevée au Japon en 11 tomes.

Les infos en plus

Entre les lignes aux éditions Kana

Générique du podcast : Hands of the wind, de Manuel Delsol

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